‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 225 sur 619 · ABRÉGÉ DU MARTYRE DE SAINT POLYEUCTE · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DU MARTYRE DE SAINT POLYEUCTE

veur, prend redit de l'empereur, crache dessus, et le déchire en morceaux qu'il jette au vent; et voyant des idoles que le peuple portoit sur les autels pour les adorer, il les arrache à ceux qui les portoient, les brise contre terre, et les foule aux pieds, étonnant tout le monde et son ami même, par la chaleur de ce zèle, qu'il n'a voit pas espéré.

« Son beau-père Félix, qui avoit la commission de l'empereur pour persécuter les chrétiens, ayant vu lui-même ce qu'avoit fait son gendre, saisi de douleur de voir l'espoir et l'appui de sa famille perdus, tâche d'ébranler sa constance, premièrement par de belles paroles, ensuite par des menaces, enfin par des coups qu'il lui fait donner par ses bourreaux sur tout le visage? mais n'en ayant pu venir à bout, pour dernier effort il lui envoie sa fille Pauline, afin de voir si ses larmes n'auroient point plus de pouvoir sur l'esprit d'un mari que n'avoient eu ses artifices et ses rigueurs. 11 n'avance rien davantage par là ; au contraire, voyant que sa fermeté convertissoit beaucoup de païens, il le condamne à perdre la tête. Cet arrêt fut exécuté sur l'heure ; et le saint martyr, sans autre baptême que de son sang, s'en alla prendre possession de la gloire que Dieu a promise à ceux qui renonceroient à eux-mêmes pour l'amour de lui1.»

Voilà en peu de mots ce qu'en dit Surius. Le songe de Pauline, l'amour de Sévère, le baptême effectif de Polyeucte, le sacrifice pour la victoire de l'empereur, la dignité de Félix, que je fais gouverneur d'Arménie, la mort de Néarque, la conversion de Félix et de Pauline, sont des inventions et des embellissements de théâtre La seule victoire de l'Empereur contre les Perses a quelque fondement dans l'histoire ; et sans chercher d'autres auteurs, elle est rapportée par H. Coëffeteau dans son Histoire romaine*; mais il ne dit pas, ni qu'il leur imposa tribut, ni qu'il envoya faire des sacrifices de remerctment en Arménie.

Si j'ai ajouté ces incidents et ces particularités selon l'art, ou non, les savants en jugeront: mon but ici n'est pas de les justifierr mais seulement d'avertir le lecteur de ce qu'il en peut croire.

1. 11 y avait à Mèlitène, dans le quatrième siècle, une église de saint Polyeucte. Il y en avait aussi une magnifique à Conslantinople, sous l'empereur histinien ; et nous apprenons de Grégoire de Tours [de Gloria martyrum, lib i. cap. 103) que les hommes y faisaient leurs serments les plus solennels. Mous voyons encore dans le même auteur (Historia Francorum, lib. vu, cap. 6) que nos rois de la première race conliraaient leurs traités par le nom du saint martyr Polyeucte.

S. Publiée à Paris en 1611.

ACTEURS

FÉLIX, sénateur romaiiç- gouverneur d'Arménie. POLYEUGTE, seigneur arménien, gendre de Félix, SÉVÈRE, chevalier romain, favori de l'empereur Décie ' NÉARQCE, seigneur arménien, ami de Polyeucte. PAULINE, fille de Félix, et femme de Polyeucte. STRATONICE, confidente de Pauline.

ALBIN, confident de Félix.

FAB1AN, domestique de Sévère.

CLÉON, domestique de Félix.

Trois Gardes.

La scène est à Héliténe*, capitale d'Arménie, dans le palais

de Félix*.

■ 1. Le régne de Décius, qui fut un violent persécuteur du christianisme, ne dura qu'un peu plus de deux ans (249-251).

2. Ville située dans la partie orientale de la Gappadoce, non loin de l'Euphrate, et qui était alors la capitale de la petite Arménie.

3. « L'unité de lieu est assez exacte, dit Corneille dans son Examen de Polyeucte, puisque tout se passe dans une salle ou antichambre commune aux appartements de Félix et de sa fille. » Voyet ci-après, p. 512.

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