‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 238 sur 619 · SÉVÈRE, PAULINE, STRATONICE, FABIAN · texte numérisé non relu

SÉVÈRE, PAULINE, STRATONICE, FABIAN

PAULINE

Oui, je l'aime, Seigneur, et n'en fais point d'excuse1,

Que tout autre que moi vous flatte et vous abuse,

Pauline a l'âme noble, et parle à cœur ouvert :

Le bruit de votre mort n'est point ce qui vous perd.

Si le ciel en mon choix eût mis mon hyménée, 405

A vos seules vertus je me serois donnée,

Et toute la rigueur de votre premier sort

Contre votre mérite eût fait un vain effort.

Je découvrois en vous d'assez illustres marques

Pour vous préférer même aux plus heureux monarques; 470

Mais puisque mon devoir m'imposoit d'autres lois,

De quelque amant pour moi que mon père eût fait choix,

i.Var. Sans que l'objet présent l'irrite et la redouble. (1643-00) 2. V«r. Oui, je l'aime, Sévère, et n'en fais point d'excuse.

Et sur mes passions ma raison souveraine Eût blâmé mes soupirs et dissipé ma haine.

SÉVÈRE

Que tous êtes heureuse, et qu'un peu de soupirs

Fait un aisé remède à tous vos déplaisirs * ! 480

Ainsi de vos désirs toujours reine absolue,

Les plus grands changements vous trouvent résolue;

De la plus forte ardeur vous portez vos esprits *

Jusqu'à l'indifférence et peut-être au mépris;

Et votre fermeté fait succéder sans peine 485

La faveur au dédain, et l'amour à la haine*.

Qu'un peu de votre humeur ou de votre vertu Soulagerait les maux de ce cœur abattu! Un soupir, une larme à regret épandue M 'au roi t déjà guéri de vous avoir perdue; 490

Ma raison pourroit tout sur l'amour affaibli, Et de l'indifférence iroit jusqu'à l'oubli ; Et mon l'eu désormais se réglant sur le vôtre, Je me tiendrois heureux entre les bras d'une autre.

0 trop aimable objet, qui m'avez trop charmé, 495

Est-ce la comme on aime, et m'avez-vous aimé?

PAULINE

Je vous l'ai trop fait voir, Seigneur; et si mon âme4

Pouvoit bien étouffer les restes de sa flamme,

Dieux, que j'éviterois de rigoureux tourments 1

Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments8; 500

Mais quelque autorité que sur eux elle ait prise,

Elle n*y régne pas, elle les tyrannise;

Et quoique le dehors soit sans émotion,

Le dedans n'est que trouble et que sédition.

Un je ne tais quel charme encor vers vous m'emporte; 505

Votre mérite est grand, si* ma raison est forte :

Je le vois encor tel qu'il alluma mes feux,

D'autant plus puissamment solliciter mes vœux,

Qu'il est environné de puissance et de gloire,

1. Var, Vous acquitte aisément de tous vos déplaisirs! (1643-56)

2. Var. De la plus forte amour vous portez vos esprits. J1643-56)

3. Var. La faveur au mépris, et l'amour A la haine. (1643-66)

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