‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 268 sur 619 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

FÉLIX, ALBIN, CLKON

FÉLIX

Albin, as-tu bien vu la fourbe de Sévère ? As-tu bien vu sa haine ? et vois-tu ma misère ?

ALBIN

Je n'ai vu rien en lui qu'un rival généreux,

Et ne vois rien en vous qu'un père rigoureux. 1450

FÉLIX

Que tu discernes mal le cœur d'avec la mine * I

Bans l'âme il hait Félix et dédaigne Pauline ;

Et s'il l'aima jadis, il estime aujourd'hui

Les restes d'un rival trop indignes de lui.

Il parle en sa faveur, il me prie, il menace, 1455

Et me perdra, dit-il, si je ne lui fais grâce ;

Tranchant du généreux, il croit m'épouvanter :

L'artifice est trop lourd pour ne pas l'éventer.

Je sais des gens de cour quelle est la politique *,

J'en connois mieux que lui la plus fine pratique. 1 460

C'est en vain qu'il tempête et teint d'être en fureur :

Je vois ce qu'il prétend auprès de l'empereur.

De ce qu'il me demande il m'y feroit un crime :

Epargnant son rival, je serois sa victime ;

Et s'il avait affaire à quelque maladroit, 1465

Le piège est bien tendu, sans doute il le perdroit ;

Hais un vieux courtisan est un peu moins crédule * *

Il voit quand on le joue, et quand on dissimule ;

Et moi j'en ai tant vu de toutes les façons,

Qu'à lui-même au besoin j'en ferois des leçons. 1470

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