ACTE Y, SCÈNE
ALBIN
Dieux ! que vous vous gênez par cette défiance ! i
Pour subsister en cour c'est la haute science '
Quand un homme une fois a droit de nous haïr,
Nous devons présumer qu'il cherche à nous trahir ;
Toute son amitié nous doit être suspecte. 1475
Grâce, grâce, Seigneur 1 que Pauline l'obtienne !
FÉLIX
Celle de l'empereur ne suivroit pas la mienne, 1480
Et loin de le tirer de ce pas dangereux 4, Ha bonté ne feroit que nous perdre tous deux
ALBIN
Biais Sévère promet..
PEUX
Albin, je m'en défie, Et connois mieux oue lui la haine de. Décie : En faveur des chrétiens s'il choquoit son courroux, 1485 Lui-même assurément se perdroit avec nous.
Je veux tenter pourtant encore une autre voie : Amenez Polyeucte ; et si je le renvoie, S'il demeure insensible à ce dernier effort, Au sortir de ce lieu qu'on lui donne la mort. 1490
ALBIN
Votre ordre est rigoureux.
PEUX
Il faut que je le suive, Si je veux empêcher qu'un désordre n'arrive. Je vois le peuple ému pour prendre son parti ; Et toi-même tantôt tu m'en as averti. Dans ce zèle pour lui qu'il fait déjà paroltre, 1495
Je ne sais si longtemps j'en pourrois être maître ; Peut-être dès demain, dès la nuit, dès ce soir, J'en verrois des effets que je ne veux pas voir; Et Sévère aussitôt, courant à sa vengeance, M'iroit calomnier de quelque intelligence. 1500
Il faut rompre ce coup, qui me seroit fatal.
ALBIN
Que tant de prévoyance est un étrange mal * I
1. Var. Et loin de le tirer de ce pas hasardeux. (1643-63) 1. Var. Que votre défiance est un étrange mal 1 1643-Q6)
Tout tous nuit, tout vous perd, tout vous fait de l'ombrage ;
Mais voyez que sa mort mettra ce peuple en rage.
Que c'est mal le guérir que le désespérer. 1505
FÉLIX
En vain après sa mort il voudra murmurer ;
Et s'il ose venir à quelque violence,
C'est à faire à céder deux jours à l'insolence *
J'aurai fait mon devoir, quoi qu'il puiss6 arriver1.
Mais Polyeucte vient, tâchons à le sauver. 1510
Soldats, retirez-vous, et gardez bien la porte.