SCÈNE II
FÉLIX, rOLYEUCTE, ALBLN
As-tu donc pour la vie une haine si forte, Malheureux Polyeucte? et la loi des chrétiens T'ordonne-t-elle ainsi d'abandonner les tiens ï
Je ne hais point la vie, et j'en aime l'usage, 1515
Mais sans attachement qui sente l'esclavage,
Toujours prêt à la rendre au Dieu dont je là tiens :
La raison me l'ordonne, et la loi des chrétiens ;
Et je vous montre à tous par là comme il faut vivre,
Si vous avez le cœur assez bon pour me suivre. 1520
FÉLIX
Te suivre dans l'abîme où tu te veux jeter ?
Mais plutôt dans la gloire où je m'en vais monter.
FÉLIX
Donne-moi pour le moins le temps de la connoitre : Pour me faire chrétien, sers-moi de guide à l'être, Et ne dédaigne pas de m'instruire en ta foi, 1525
Ou toi-même à ton Dieu tu répondras de moi.
N'en riez point, Félix, il sera votre juge ;
Vous ne trouvei ez point devant lui de refuge :
les rois et les bergers y sont d'un même rang.
De tous les siens sur vous il vengera le sang. 1 5<"0
Je n'en répandrai plus, et quoi qu'il en arrive, i.Var. J'aurai fait mon devoir, quoi qui puisse arriver. (1660-64)