‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 271 sur 619 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Dans la foi des chrétiens je souffrirai qu'on vive : J'en serai protecteur.

rOLVETTCTE.

Non, non, persécutez, Et soyez l'instrument de nos félicités:

Celle d'un vrai chrétien n'est que dans les souffrances * ; 1535 Les plus cruels tourments lui sont des récompenses. Dieu, qui rend le centuple aux bonnes actions, , Pour comble donne encor les persécutions. Mais ces secrets pour tous sont fâcheux à comprendre : Ce n'est qu'à ses élus que Dieu les fait entendre. 1540

FEUX

Je te parle sans fard, et yeux être chrétien.

POLYEDCTE.

Qui peut donc retarder l'effet d'un si grand bien?

FÉLIX

La présence importune...

Et de qui? de Sévère?

FÉLIX

Pour lui seul contre toi j'ai feint tant de colère :

Dissimule un moment jusques à son départ. 1545

Félix, c'est donc ainsi que vous parlez sans fard?

Portez à vos païens, portez à vos idoles

Le sucre empoisonné que sèment vos paroles *.

Un chrétien ne craint rien, ne dissimule rien :

Aux yeux de tout le monde il est toujours chrétien. 1550

FÉLIX

Ce zèle de ta foi ne sert qu'à te séduire,

Si tu cours à la mort plutôt que de m'instruire.

POLYEDCTE.

Je vous en parlerois ici hors de saison :

Elle est un don du ciel, et non de la raison ;

Et c'est là que bientôt, voyant Dieu face à face, 1ïj55

Plus aisément pour vous j'obtiendrai cette grâce.

FÉLIX

Ta perte cependant me va désespérer.

Vous avez en vos mains de quoi la réparer :

En vous ôtant un gendre, on vous en donne un autre,

\. Var. Aussi bien un chrétien n'est rien sans les souffrances; Les plus cruels tourments nous sont des récompenses. F (1643-56)

2. Var. Le sucre empoisonné que versent vos paroles, (1643-56)

Dont la condition répond mieux à la YÔtre ; 1560

Ha perte n'est pour vous qu'un change avantageux.

réux.

Gesse de me tenir ce discours outrageux. Je t'ai considéré plus que tu ne mérites ; Hais malgré ma bonté, qui croît plus tu l'irrites *, Cette insolence entin te rendroit odieux, 1565

Et je me vengerais aussi bien que nos Dieux.

Quoi T tous changez bientôt d'humeur et do langage I

Le zèle de vos Dieux rentre en votre courage I

Celui d'être chrétien s'échappe ! et par hasard

Je vous viens d'obliger à me parler sans fard 1 1570

FÉLIX

Va, ne présume pas que, quoi que je te jure,

De tes nouveaux docteurs je suive l'imposture :

Je flattois ta manie, afin de t'arracher

Du honteux précipice où tu vas trébucher ;

Je voulois gagner temps, pour ménager ta vie 1575

Apres l'éloignement d'un liât leur do Décie;

Mais j'ai fait trop d'injure à nos Dieux tout-puissants :

Choisis de leur donner ton sang, ou de l'encens.

Mon choix n'est point douteux. Hais j'aperçois Pauline. 0 ciell

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