ACTE I, SCÈNE II. S
Pourvu que dans le cours d'un règne florissant Rome soit toujours libre, et César tout-puissant * ?
Hais, Madame, Néron suffit pour se conduire. 215
J'obéis, sans prétendre à l'honneur de l'instruire. Sur ses aïeux sans doute 11 n'a qu'à se régler ; Pour bien faire, Néron n'a qu'à se ressembler : Heureux si ses vertus, l'une à l'autre enchaînées, Ramènent tous les ans ses premières années ! 220
AGRIPPINB.
Ainsi, sur l'avenir n'osant vous assurer,
Vous croyex que sans vous Néron va s'égarer.
Hais vous qui jusqu'ici content de votre ouvrage
Venez de ses vertus nous rendre témoignage,
Expliquez-nous pourquoi, devenu ravisseur, 225
Néron de Silanus fait enlever la sœur.
Ne tient-il qu'à marquer de cette ignominie
Le sang de mes aïeux qui brille dans Junie *?
De quoi l'accuse-t-il ? et par quel attentat
Devient-elle en un jour criminelle d'État : 230
Elle qui, sans orgueil jusqu'alors élevée,
N'auroit point vu Néron, s'il ne l'eût enlevée,
Et qui même auroit mis au rang de ses bienfaits
L'heureuse liberté de ne le voir jamais?
BDRRHUS.
Je sais que d'aucun crime elle n'est soupçonnée ; 255
Hais jusqu'ici César ne l'a point condamnée,
Hadame. Aucun objet ne blesse ici ses yeux :
Elle est dans un palais tout plein de ses aïeux.
Vous savez que les droits qu elle porte avec elle.
Peuvent de son époux faire un prince rebelle ; 240
Que le sang de César ne se doit allier
Qu'à ceux à qui César le veut bien confier ;
Et vous-même avoûrez qu'il ne seroit pas juste
Qu'on disposât sans lui qe la nièce d'Auguste ■•
AGRIPP1NE.
Je vous entends : Néron m'apprend par votre voix 945
Qu'en vain Britannicus s'assure sur mon choix. En vain, pour détourner ses yeux de sa misère, J'ai flatté son amour d'un hymen qu'il espère *
1. Compares ce beau passage de la Vie d'Agricçla (chapitre m), où Tacite félicite Nerva d'avoir réuni deux choses autrefois incompatibles, la liberté et la monarchie : « Bes olim dissociables... principatum ac libertatem. »
1 Var. Le sang de nos aïeux qui brille dans Junie ? (167047) 3. Ntèc*t poétiquement 4e*c$n4Q*t$. Voyei çUdessus la note du vers 60.
558 BRÎTANNICUS.
Qu'en dis-tuî N'est-ce pas oette même Agripptoe
Que mon père épousa jadis pour ma ruine,
Et qui, si je t'en crois, a de ses derniers jours,
Trop lents pour ses desseins, précipité le cours? 510
VABCISSE.
N'importe. Elle se sent comme vous outragée ;
A vous donner Junie elle s'est engagée :
Unisses vos chagrins ; liez vos intérêts.
Ce palais retentit en vain de vos regrets .
Tandis qu'on vous verra d'une voix suppliante *
Semer ici la plainte et non pas l'épouvante.
Que vos ressentiments se perdront en discours,
Il n'en faut point douter, vous vous plaindre! toujours.
BBIfAKftIGCS.
Ah! Narcisse, tu sais si de la servitude
Je prétends foire encore une longue habitude; 320
Tu sais si pour jamais, de ma chute étonné,
Je renonce & l'Empire oûTétois destiné1.
Mais je suis seul encor. Les amis de mon père
Sont autant d'inconnus que glace ma misère * ;
Et ma jeunesse même écarte loin de mol 985
Tous ceux qui dans le cœur me réservent leur foi.
Pour moi, depuis un an qu'un peu d'expérience
M'a donné de mon sort la triste connaissance,
Que vois-je autour de moi, que des amis vendus
Qui sont de tous mes pas les témoins assidus, 330
Qui, choisis par Néron pour ce commerce infâme,
Trafiquent avec lui dea secrets de mon âme ?
Quoi qu'il en soit, Narcisse, on me vend tous les jours :
Il prévoit mes desseins, il entend mes discours ;
Gomme toi, dans mon cœur il sait ce qui se passe. 335
Que t'en semble, Narcisse f
HABCISSf.
Ah I ouelle Ame assex basse. • ..
C'est à vous de choisir des confidents discrets, Seigneur, et de ne pas prodiguer vos secrets.
BRITAHinCUS.
Narcisse, tu dis vrai. Mais cette défiance
Est toujours d'un grand cœur la dernière science 4 * 34(<
l.Far. Tant que l'on vous verra d'une voix suppliante. (1670-87) t. Var. Je renonee au* grandeur» où j'étois destiné. («Te et 76) 3. Var. Sont autant <FJnco*mus qu'écarte- ma miser»; Et ma jeunesse même éloigne loin de mot (1670) A.J^mrnU**9nm*.i&>à,Eêtheri — tettaére a dit dans imBenrtmdê, étant Hl:
Rarement un héros connaît la défiance*.