NÉRON, BRITANNICUS, J0N1B
Prince, continuez des transports si charmants. 1025
Je conçois vos bontés par ses remerclments,
Madame : à vos genoux je viens de le surprendre.
Mais il auroit aussi quelque grâce à me rendre :
Ce lieu le favorise, et je vous y retiens
Pour lui faciliter de si doux entretiens. 1030
Je puis mettre à ses pieds ma douleur ou ma joie Partout où sa bonté consent que je la voie; Et l'aspect de ces lieux où vous la retenez N'a rien dont mes regards doivent être étonnés.
NÉRON
Et gue vous montrent-ils qui ne vous avertisse 1035
Qu'il faut qu'on me respecte et que l'on m'obéisse ?
Ils ne nous ont pas vu l'un et l'autre élever, Moi pour vous obéir, et vous pour me braver;
1. Far. Ah 1 n'en voilà que trop pour me faire comprendre. (1670)
564 RRITANNICUS.
Et ne s'attendoient pas, lorsqu'ils nous virent naître,
Qu'un jour Domitius me dût parler en maître '. 1040
NÉRON
Ainsi par le destin nos vœux sont traversés.
.Vobéissois alors, et vous obéissez.
Si vous n'avez appris à vous laisser conduire,
Vous êtes jeune encore, et l'on peut vous instruire. I
Et qui m'en instruira?
NÉRON
Tout l'Empire à la fois, 1 0 45
Rome.
Rome met-elle au nombre de vos droits Tout ce qu'a de cruel l'injustice et la force, Les emprisonnements, le rapt et le divorce?
NÉRON. -
Rome ne porte point ses regards curieux
Jusque dans des secrets que je cache à ses yeux. 1050
Imitez son respect.
On sait ce qu'elle en pense.
NÉRON
Elle se tait du moins : imitez son silence.
Ainsi Néron commence à ne se plus forcer.
Néron de vos discours commence à se lasser
Chacun devoit bénir le bonheur de son règne. 1055
NÉRON
Heureux ou malheureux, il suffit qu'on me craigne*.
1. Ce vers rappelle cet endroit des Annales (livre XII, chapitie i xli) où Tacite rapporte qu'un jour, avant la mort de Claude, Néron ' ayant rencontré Britanmcus, le salua de son nom, et que celui-ci repondit en donnant à Néron le nom de Domitius : < Obvii inter se, Nero Britannicum nomine, ille Domitium, salulavere. »
2. On peut comparer à ce passage le mot abominable cité par Sénéque (de Ira, livre I, chapitre xvi) : « Dira etabominanda (vos): « Oderint, dum metuant. » Sullano scias saeculo scriptam ; » et, dans la tragédie d'Octavie, ces traits d'un dialogue entre Néron et Sénéque :
nero. Decet twieri Csesarem. seneca. At plus diligi.
nero. Metuant necesse est
Jussisque nostris pareanL.