ACTE III, SCÈNE VIII
Je connois mal Junie, ou de tels sentiments. Ne mériteront pas ses applaudissements.
NÉRON
Du moins, si je ne sais le secret de lui plaire,
Je sais l'art de punir un rival téméraire. 1000
Pour moi, quelque péril qui me puisse accabler, Sa seule inimitié peut me faire trembler.
néron.
Souhaitez-la : c'est tout ce que je vous puis dire1
Le bonheur de lui plaire est le seul où j'aspire.
NÉRON
Elle vous Ta promis, vous lui plairez toujours. 1065
Je ne sais pas du moins épier ses discours.
Je la laisse expliquer sur tout ce qui me toucfîe,
Et ne me cache point pour lui fermer la bouche.
NÉRON
Je vous entends. Hé bien, gardes !
JUNIB.
Que faites-vous?
C'est votre frère. Hélas 1 c'est un amant jaloux. 1070
Seigneur, mille malheurs persécutent sa vie. Ah 1 son bonheur peut-il exciter votre envie? Souffrez que, de vos cœurs rapprochant les liens, Je me cache à vos yeux, et me dérobe aux siens. Ma fuite arrêtera vos discordes fatales ; 1075
Seigneur, j'irai remplir le nombre des Vestales. Ne lui disputez plus mes vœux infortunés : Souffrez que les Dieux seuls en soient importunés.
NÉRON
L'entreprise, Madame, est étrange et soudaine.
Dans son appartement, gardes, qu'on la remène. 1080
Gardez Britannicus dans celui de sa sœur.
BRITANNICU8.
C'est ainsi que Néron sait disputer un cœur.
JUNIB.
Prince, sans l'irriter, cédons à cet orage.
NÉRON
Gardes, obéissez sans tarder davantage.
1. Dans le Pompée de Corneille (acte 111, scène u, vers 927 et 928), César dit à Ptolémée :
Vous craigniez ma clémence! ahl n'ayez plus ce soin Souhaitez-la plutôt, vous en avez besoin.
5aô BRITANNICUS.