‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 332 sur 619 · NÉRON, BURRHUS · texte numérisé non relu

NÉRON, BURRHUS

Que cette paix, Seigneur, et ces embrassejments 1305

Vont offrir à mes yeux des spectacles charmants 1 Vous savez si jamais ma voix lui fut contraire, Si de son amitié j'ai voulu vous distraire, Et si j'ai mérité cet injuste courroux.

HÉRON

Je ne vous flatte point, je me plaignois de vous, 1310

Burrhus : je vous ai crus tous deux d'intelligence; Hais son inimitié vous rend ma confiance. Elle se hâte trop, Burrhus, de triompher. J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer,

BURRHUS

Quoi, Seigneur?

NÉRON

C'en est trop : il faut que sa ruine 1315

Me délivre à jamais des fureurs d'Agrippine. Tant qu'il respirera, je ne vis qu'à demi. Elle m'a fatigué de ce nom ennemi; Et je ne prétends pas que sa coupable audace One seconde fois lui promette ma place. 1320

BURRHUS

Elle va donc bientôt pleurer Britannicus.

NÉRON

Avant la fin du jour je ne le craindrai plus.

BURRHUS

Et qui de ce dessein vous inspire l'envie?

■Aunr.

Sla gloire, mon amour, ma sûreté, ma vie.

tVBMWf.

Non, quoi que tous disies, cet horrible dessein 1325

Me fut jamais, Seigneur, conçu dans votre soin.

RÉIOff.

Burrhnsl

De votre bouche, ô Ciell puis-je rapprendre? Vous-même sans frémir a ves-vous pu l'entendre? Songez-vous dans quel sang vous ailes vous baigner? Néron dans tous les cœurs est-il las de régner? 1530

Quedira-t-on de vous? Quelle est votre pensée T

HÊfiON.

Quoi? toujours enchaîné de ma gloire passée,

J'aurai devant les yeux je ne sais quel amour

Que le hasard nous donne et nous ôte en un jour?

Soumis à tous leurs vœux, à mes désirs contraire, 4335

Suis-je leur empereur seulement pour leur plaire?

Et ne sufflt-il pas„Seigneur, a vos souhaits

Que le bonheur publie soit un de vos bienfaits?

C'est à vous à choisir, vous êtes encor maître.

Vertueux jusqu'ici, vous pouves toujours l'être : 1540

Le chemin est tracé, rien ne vous retient plus ;

Vous n'avez qu'à marcher de vertus en vertus.

Mais si de vos flatteurs vous suivez la maiime,

Il vous faudra, Seigneur, courir de crime en crime»

Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés, 1545

Et laver dans le sang vos bras ensanglantés '.

Britannicus mourant excitera le zélé

De ses amis, tout prêts à prendre sa querelle.

Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs,

Qui, même après leur mort, auront des successeurs8 ; 1350

1. « Hoc... inter cetera vel pettlmum habet crudeUtas, qaod perseverandum est, nec ad meliora patet régressas ; seelera enira sceleribus tuenda sunt » (Sénéqtie, dé Clemeutia, livre I, chapitre xm.)

S. « Régi a crudelitas auget inimicorum numerum tollendo. Parentes enim liberique eomm qui interfecti sunt, et propinqui, et amici, in locum singulorum succedunt. » {Ibidem, livre 1, chapitre vin.) — Corneille a exprimé la même idée :

Ma cruauté se lasse, et ne peut s'arrêter; Je veux me faire craindre, et ne fais qu'irriter. , Borne a pour ma ruine une hydre trop fertile t Une tête coupée en fait renaître mille ;

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