‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 347 sur 619 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

AGRIPPINE, BORRHUS

AGR1PPÏHE.

Ah Ciel! de mes soupçons quelle étoit l'injustice ! 1695

Je condamnois Burrhus, pour écouter Narcisse.

Burrhus,' avez-vous vu quels regards furieux

Néron en me Quittant m'a laissés pour adieux f

C'en est fait : te cruel n'a plus rien qui l'arrête;

Le coup qu'on m'a prédit va tomber sur ma tête. 1700

Il vous accablera vous-même à votre tour.

BURRHUS

Ah I Madame, pour moi, j'ai vécu trop d'un jour

Plût au ciel que sa main, heureusement cruelle,

Eût fait sur moi l'essai de sa fureur nouvelle l

Qu'il ne m'eût pas donné, par ce triste attentat, 1705

Un gage trop certain des malheurs de l'État 1

Son crime seul n'est pas ce qui me désespère;

Sa jalousie a pu l'armer contre son frère ;

Vais s'il vous faut, Madame, expliquer ma douleur,

Néron l'a vu mourir sans changer de couleur. 1710

Ses yeux indifférents ont déjà la constance

D'un tyran dans le crime endurci dès l'enfance.

Qu'il achève, Madame, et qu'il fasse périr

Un ministre importun, qui ne le peut souffrir.

Hélas 1 loin de vouloir éviter sa colère, 1 715

La plus soudaine mort me sera la plus chère.

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