ACTE II. SCÈNE I
AMAN
L'insolent devant moi ne se courba jamais1.
En Tain de la faveur du plus grand des monarques 425
Tout révère à genoux les glorieuses marques.
Lorsque d'un saint respect tous les Persans touchés
N'osent lever leurs fronts à la terre attachés1,
Lui, fièrement assis, et la tète immobile,
Traite tous ces honneurs d'impiété servile, 43(1
Présente à mes regards un front séditieux,
Et ne daignerait pas au moins baisser les yeux.
Du palais cependant il assiège la porte* :
A quelque heure que j'entre, Hydaspe, ou que je sorte.
Son visage odieux m'afflige et me poursuit; 435
Et mon esprit troublé le voit encor la nuit.
Ce matin j'ai voulu devancer la lumière :
Je l'ai trouvé couvert d'une affreuse poussière,
Revêtu de lambeaux, tout pâle ; mais son œil
Conservait sous la cendre encor le môme orgueil. 440
D'où lui vient, cher ami, cette impudente audace?
Toi, qui dans ce palais vois tout ce qui se passe,
Crois-tu que quelque voix ose parler pour lui?
Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui!
HYDASPE
Seigneur, vous le savez, son avis salutaire 445
Découvrit de Tharès le complot sanguinaire 4.
Le Roi promit alors de le récompenser.
Le Roi, depuis ce temps, parolt n'y plus penser.
1. < Cunctique servi Régis qui in foribus palatii versabantur fiectebant genua et adorabant Aman.... Solus Mardochaeus non flectebat genu, neque adorabat eum. » {Etther, ni, 2.)