ACTE III, SCÈNE IV
Pendant qu'ils n'adoroient que le Dieu de leurs pères, Ont vu bénir le cours de leurs destins prospères.
Ce Dieu, maître absolu de la terre et des deux, 1050
N'est point tel que l'erreur le figure à vos yeux. L'Éternel est son nom. Le monde est son ouvrage; Il entend les soupirs de l'humble qu'on outrage, Juge tous les mortels avec d'égales lois, Et du haut de son trône interroge les rois1. 1055
Des plus fermes États la chute épouvantable, Quandil veut, n'est qu'un jeu de sa main redoutable. Les Juifs à d'autres dieux osèrent s'adresser : Hoi, peuples, en un jour tout se vit disperser. Sous les Assyriens leur triste servitude 1060
Devint le juste prix de leur ingratitude.
Hais pour punir enfin nos maîtres à leur tour, Dieu fit choix de Cyrus, avant qu'il vît le jour, L'appela par son nom, le promit à la terre, Le fit naître, et soudain f arma de son tonnerre, 1005
Brisa les fiers remparts et les portes d'airain, Hit des superbes rois la dépouille en sa main f, De son temple détruit vengea sur eux l'injure. Dabylone paya nos pleurs avec usure.
Cyrus, par lui vainqueur, publia ses bienfaits, 1 070
Regarda notre peuple avec des yeux de paix, Nous rendit et nos lois et nos fêtes divines; Et le temple déjà sortoit de ses ruines ; Hais de ce roi si sage héritier insensé, Son fils interrompit l'ouvrage commencé9, 1075
Fut sourd à nos douleurs. Dieu rejeta sa race, Le retrancha lui-même, et vous mit en sa place.
Que n'espérions-nous point d'un roi si généreux? < Dieu regarde en pitié son peuple malheureux, Disions-nous : un roi règne, ami de l'innocence. » 1080
Partout du nouveau prince on vantoit la clémence :
1. C'est à la lecture de ces vers admirables que Voltaire enthousiasmé s'écriait : « On a honte de faire des vers quand on en lit de pareils. »
2. « Haec dicit Dominus christo meo Cyro, cujus apprehendi dexteram, ut subjiciam ante faciem ejus g en tes.... Ego ante te ibo ; et gloriosos terne humiliabo; portas aereas conteram, et vectes ferreos confringam... . Et vocavi te nomine tuo.... * (haïe, xlv, 1-4.) — Bossuet a imité cet endroit d'Isaïe dans YOraison fu nèbre du prince de Condé : « Tu n'es pas encore. . . . , mais je le vois, et je t'ai nommé par ton nom ; tu t'appelleras Cyrus. Je marcherai devant toi dans les combats; à ton approche, je mettrai les rois en fuite ; ie briserai les portes d'airain. »