‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 498 sur 619 · AUTEUR DE LA MÉROPE ITALIENNE ET DE BEAUCOUP D'OUVRAGES CÉLÈBRES · texte numérisé non relu

AUTEUR DE LA MÉROPE ITALIENNE ET DE BEAUCOUP D'OUVRAGES CÉLÈBRES

Monsieur,

Ceux dont les Italiens modernes et les autres peuples ont presque tout appris, les Grecs et les Romains, adressaient leurs ouvrages, sans la vaine formule d'un compliment, à leurs amis et aux maîtres de l'art. C'est à ces titres que je vous dois l'hommage de la Mérope française *.

Les Italiens, qui ont été les restaurateurs de presque tous les beaux-arts, et les inventeurs de quelques-uns, furent les premiers qui, sous les yeux de Léon X, firent renaître la tragédie ; et vous êtes le premier, Monsieur, qui, dans ce siècle où l'art des Sophocle commençait à être amolli par des intrigues d'amour souvent étrangères au sujet, ou avili par d'indignes bouffonneries qui déshonoraient le goût de votre ingénieuse nation ; vous êtes le premier, dis-je, qui avez eu le courage et le talent de donner une tragédie sans galanterie, une tragédie digne des beaux jours d'Athènes, dans

i. Prançois-Scipion Mnffei, né à Vérone le 1" juin 1675, mort le 11 février 1755, composa sa Mérope à l'âge de trente-huit ans, en 1715. La pirce lut jouée à Paris, sur le Théâtre-Italien, le îl mai 1717, devant un petit nombre d'invités On en donna ensuite des représentations pour le public.

î. « La Mérope de Voltaire, dit Beuchot, fut commencée en 1756, terminée en 1757, refusée en 1758 par les comédiens français, parce que, disaient-ils, la pièce ressemblait à VAmatiS de la Grange ; corrigée en 1738, et jouée en 1745. » Elle eut un si grand succès, qu'après la représentation le parterre appela l'auteur. Voltaire reçut ainsi le premier un honneur qui depuis a été •i prodigué.

La première édition de Mérope est de 1744. Dans la Mérope, nouvelle édition corrigée par l'auteur, etc. (Paris, 1758), il y a un personnage de plus, nommé fiants. Le rôle est composé d'une partie de celui d'Isménie; et c'est Phanès qni fait le récit de la scène vi du V« acte. Cette disposition était l'œuvre des comédiens français : Voltaire s'en plaint dans deux de ses lettres à d'Ar gental. —Nous nous sommes conformé, de même que Beuchot, au texte de l'éditioa de 1768.

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taillerie; car il faut que tout se plie au goût dominant. Et ne croy z pas, Monsieur, que cette malheureuse coutume d'accabler nos tragédies d'un épisode inutile de galanterie soit due à Racine, comme on le lui reproche en Italie: c'est lui, au contraire, qui a fait ce qu'il a pu pour réformer en cela le goût de la nation. Jamais chez lui la passion de l'amour n'est épisodique : elle est le fondement de toutes ses pièces; elle en forme le principal intérêt. C'est la passion la plus théâtrale de toutes, la plus fertile en sentiments, la plus variée : elle doit être l'âme d'un ouvrage de théâtre, ou en être entièrement bannie. Si l'amour n'est pas tragique, il est insipide; et s'il est tragique, il doit régner seul: il n'est pas fait pour la seconde place. C'est Rotrou, c'est le grand Corneille même, il le faut avouer, qui, en créant notre théâtre, l'ont presque toujours défiguré par ces amours de commande, par ces intrigues galantes qui, n'étant point de vraies passions, ne sont point dignes du théâtre....

On a donné une Mérope sur le théâtre de Londres en 1751. Qui croirait qu'une intrigue d'amour y entrât encore ? Mais depuis le régne de Charles II, l'amour s'était emparé du théâtre d'Angleterre ; et il faut avouer qu'il n'y a point de nation au monde qui 4it peint si mal cette passion. L'amour ridiculement amené, et traité de même, est encore le défaut le moins monstrueux de la Mérope anglaise. Le jeune Égistne, tiré de sa prison par une fille d'honneur, amoureuse de lui, est conduit devant la *<eine, qui lui présente une coupe de poison et un poignard, et qui lui dit : « Si tu n'avales le poison, ce poignard va servir à tuer ta maîtresse. > Le jeune homme boit, et on l'emporte mourant. Il revient, au cinquième acte, annoncer froidement à Mérope qu'il est son fils, et qu'il a tué le tyran. Mérope lui demande comment ce miracle s'est opéré. « Une amie de la fille d'honneur, répond-il, avait mis du jus de pavot, au lieu de poison, dans la coupe. Je n'étais qu'endormi quand on m'a cru mort ; j'ai appris, en m'éveillant, que j'étais votre fils, et sur-le-champ j'ai tué le tyran. > Ainsi finit la tragédie.

Elle fut sans doute mal reçue : mais n'est-il pas bien étrange qu'on l'ait représentée? N'est-ce pas une preuve que le théâtre anglais n'est pas encore épuré? Il semble que la même cause qui prive les Anglais du génie de la peinture et de la musique, leur ôte aussi celui de la tragédie. Cette ile, qui a produit les plus grands philosophes de la terre, n'est pas aussi fertile pour les beaux-arts ; et si les Anglais ne s'appliquent sérieusement à suivre les préceptes de leurs excellents citoyens Addison et Pope, ils n'approcheront pas des autres peuples en fait de goût et de littérature.

Mais tandis que le sujet de Mérope était ainsi défiguré dans une partie de l'Europe, il y avait longtemps qu'il était traité en Italie

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