‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 500 sur 619 · Né en 1538, mort en · texte numérisé non relu

Né en 1538, mort en

1. Ce dut être en 1756. — Voltaire, comme 11 le dit lui-même, ne s'était d'abord proposé que de traduire la Mérope de Maffri. 11 avait même commencé cette traduction. En voici lea premieri vers :

Sortes, il en est temps, du sein de ces ténèbres : Montres-vous ; dépouillez ces vêtements funèbres, Ces tristes monuments, l'appareil des douleurs : Que le bandeau des rois puisse essuyer vos pleurs Que dans ce jour heureux les peuples de llesséne Reconnaissent dans vous mon épouse et leur reine. Oublies tout le reste, et daignes accepter Et le sceptre et la main qu'on vient vous présenter.

S. Ceci nd s'accorde pas avec ce que Voltaire dit a Thieriot dans une lettre du S décembre 1TST : « Je niai encore fait que deux actes de Mérope. » D'après cette confidence de l'auteur, il devient aussi fort probable que la pièce fui

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telle qu'elle est aujourd'hui. D'autres études m'empêchèrent de la donner au théâtre ; mais la raison qui m'en éloignait le plus était la crainte de la faire paraître après d'autres pièces heureuses^dans lesquelles on avait vu depuis peu le même sujet sous des noms différents. Enfin j'ai hasardé ma tragédie, et notre nation a fait connaître qu'elle ne dédaignait pas de voir la même matière différemment traitée. Il est arrivé à notre théâtre ce qu'on voit tout les jours dans une galerie de peinture, ou plusieurs tableaux représentent le même sujet : les connaisseurs se plaisent à remarquer les diverses manières; chacun saisit, selon son goût, le caractère de chaque peintre ; c'est une espèce de concours qui sert à U fois à perfectionner l'art, et à augmenter les lumières du public

Si la Mérope française a eu le même succès que la àlérope italienne, c'est à vous, Monsieur, que je le dois : c'est à cette simplicité, dont j'ai toujours été idolâtre, qui, dans votre ouvrage, m'a servi de modèle. Si j'ai marché dans une route différente, vous m'y avez toujours servi de guide.

J'aurais souhaité pouvoir, à l'exemple des Italiens et des Anglais, employer l'heureuse facilité des vers blancs... Mais je me suis aperçu, et j'ai dit, il y a longtemps, qu'une telle tentative n'aurait jamais de succès en France, et qu'il y aurait beaucoup plus de faiblesse que de force à éluder un joug qu'ont porté les auteurs de tant d'ouvrages qui dureront autant que la nation française. Notre poésie n'a aucune des libertés de la vôtre, et c'est peut-être une des raisons pour lesquelles les Italiens nous ont précédés de plus de trois siècles dans cet art si aimable et si difficile.

Je voudrais, Monsieur, pouvoir vous suivre dans vos autres connaissances, comme j'ai eu le bonheur de vous imiter dans la tragédie. Que n'ai-je pu me former sur votre goût dans la science de l'histoire 1 non pas dans cette science vague et stérile des faits et des dates, qui se borne à savoir en quel temps mourut un homme inutile ou funeste au monde, science uniquement de dictionnaire, qui chargerait la mémoire sans éclairer l'esprit : je veux parler de cette histoire de l'esprit humain, qui apprend a connaître les mœurs, qui nous trace, de faute en faute et de préjugé en préjugé, les effets des passions des hommes ; qui nous fait voir ce que l'ignorance, ou un savoir mal entendu, ont causé de maux, et qui suit surtout le fil du progrés des arts, à travers ce choc effroyable de tant de puissances, et ce bouleversement de tant d'empires.

C'est par là que l'histoire m'est précieuse, et elle me le devient davantage parla place que vous tiendrez parmi ceux qui ont donné de nouveaux plaisirs et de nouvelles lumières aux hommes. La postérité apprendra avec émulation que votre patrie vous a rendu

terminée, non pas, comme le dit Beuchot (voyez ci-dessus, p. M. note t), es 1757, mais en 175S.

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