‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 511 sur 619 · ACT8 I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACT8 I, SCÈNE IV

Fait sur nous à pas lents descendre la vengeance f.

inox.

Ah I livrez-vous sans crainte à vos heureux destins. 275

La prudence est le dieu oui veille à vos desseins. Vos ordres sont suivis : déjà vos satellites D'Élide et de Messène occupent les limites. Si Narbas reparaît, si jamais à leurs yeux Narbas ramène Égisthe, ils périssent tous deux. 280

POLTPHOHTB.

Hais me réponds-tu bien de leur aveugle zèle ?

KROX.

Vous les avez guidés par une main fidèle :

Aucun d'eux ne connaît ce sang qui doit couler,

Ni le nom de ce roi qu'ils doivent immoler.

Narbas leur est dépeint comme un traître, un transfuge, 285

Un criminel errant, qui demande un refuge ;

L'autre, comme un esclave, et comme un meurtrier

Qu'à la rigueur des lois il faut sacrifier.

POLYPUONTE.

£h bien, encor ce crime 1 il m'est trop nécessaire.

Mais, en perdant le fils, j'ai besoin de la mère ; 290

J'ai besoin d'un hymen utile à ma grandeur,

Qui détourne de moi le nom d'usurpateur,

Qui fixe enfin les vœux de ce peuple infidèle,

Qui m'apporte pour dot l'amour qu'on a pour elle.

Je lis au fond des cœurs ; à peine ils sont à moi : 295

Echauffés par l'espoir, ou glacés par l'effroi,

L'intérêt me les donne ; il les ravit de même.

Toi, dont le sort dépend de ma grandeur suprême,

Appui de mes projets par tes soins dirigés,

Érox, va réunir les esprits partagés : 300

Que l'avare en secret te vende son suffrage ;

Assure au courtisan ma faveur en partage ;

Du lâche qui balance échauffe les esprits :

Promets, donne, conjure, intimide, éblouis.

Ce fer aux pieds du trône en vain m'a su conduire ; 305

C'est encor peu de vaincre, il faut savoir séduire,

Flatter l'hydre du peuple, au frein l'accoutumer,

Et pousser l'art enfin jusqu'à m'en faire aimer *.

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