‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 513 sur 619 · ACTE II, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE

Je n'entends que irop bien ce silence si triste. MO

Aux frontières d'Élide enfin n'a-t-on rien su ?

EURYCLÈS.

On n'a rien découvert ; et tout ce qu'on a vu, C'est un jeune étranger, de qui la main sanglante D'un meurtre encor récent paraissait dégouttante , Enchaîné par mon ordre, on l'amène au palais. 315

MÉROPE

Un meurtre I un inconnu 1 QuVt-il fait, Euryclès ? Quel sang a-t-il versé ? Vous me glacez de crainte ft

EURYCLÈS.

Triste effet de l'amour dont votre âme est atteinte 1

Le moindre événement vous porte un coup mortel ;

Tout sert à déchirer ce cœur trop maternel ; 320

Tout fait parler en vous la voix de la nature.

Mais de ce meurtrier la commune aventure

N'a rien dont vos esprits doivent être agités.

De crimes, de brigands, ces bords sont infectés ;

C'est le fruit malheureux de nos guerres civiles. 325

La justice est sans force ; et nos champs et nos villes

Redemandent aux Dieux, trop longtemps négligés,

Le sang des citoyens l'un par l'autre égorgés.

Écartez des terreurs dont le poids vous afflige.

MÉROPE

Quel est cet inconnu ? Répondez-moi, vous dis-je. 330

EURYCLES.

C'est un de ces mortels du sort abandonnés, Nourris dans la bassesse, aux travaux condamnés : Un malheureux sans nom, si l'on croit l'apparence.

MÉROPE

N'importe, quel qu'il soit, qu'il vienne en ma présence :

Le témoin le plus vil et les moindres clartés 335

Nous montrent quelquefois de grandes vérités.

Peut-être j'en crois trop le trouble qui me presse ;

Mais ayez-en pitié, respectez ma faiblesse :

Mon cœur a tout à craindre, et rien à négliger.

Qu'il vienne, je le veux, je veux l'interroger. 340

J'ai des temples voisins parcouru les asiles: De moi, de mes amis, les pas sont inutiles ; Ils n'ont rien aperçu sur ces bords odieux Que le vil assassin que j'amène en ces lieux.

1. « La crainte de Mérope serait bien mieux fondée, dit ave* raison Lepan dans son Commentaire, si, comme dans la pièce italienne, elle était prévenue qu'Égisthe a quitté la maison de son guide sans qu'on sache ce qu'il est devenu. » ,

560 MÊROPE.

EUBYCLBS. " \

A Isménie: I

Tous serez obéie. Allez, et qu'on l'amène ; Qu'il paraisse à l'instant aux regards de la Reine.

MÉROPE

Je sens que je vais prendre un inutile soin.

Mon désespoir m'aveugle ; il m'emporte trop loin :

Vous savez s'il est juste. On comble ma misère, 315

On détrône le fils, on outrage la mère. J

Polyphonte, abusant de mon triste destin,

Ose enfin s'oublier jusqu'à m'offrir sa main *

EURYCLBS.

Vos malheurs sont plus grands que vous ne pouvez croire, '

Je sais que cet hymen offense votre gloire ; 55^

Mais je vois qu'on l'exige, et le sort irrité

Vous fait de cet opprobre une nécessité :

C'est un cruel parti ; mais c'est le seul peut-être

Qui pourrait conserver le trône à son vrai maître.

Tel est le sentiment des chefs et des soldats ; 555

Et l'on croit. ...

MEROPE.

Non : mon fils ne le souffrirait pas ; L'exil, où son enfance a langui condamnée, Lui serait moins affreux que ce lâche hyménée.

EDBTCLÈS.

Il le condamnerait si, paisible en son rang,

Il n'en croyait ici que les droits de son sang ; 560

Mais, si par les malheurs son âme était instruite, c*

Sur ses vrais intérêts s'il réglait sa conduite,

De ses tristes amis s'il consultait la voix,

Et la nécessité, souveraine des lois,

Il verrait que jamais sa malheureuse mère 565

Ne lui donna d'amour une marque plus chère.

MÉROPE

Ah 1 que me dites-vous 9

ECRTCLÈS.

De dures vérités, Que m arrachent mon zèle et vos calamités.

MÉROPE

Quoi ? vous me demandez que l'intérêt surmonte

Cette invincible horreur que j'ai pour Polyphonte, 370

Vous, qui me l'avez peint.de si noires couleurs I

*»*' ïé1"01*6 i£Pore Que Polyphonte a tué son époux et deux de ses lus. ches Maffei, elle le sait, et son indignation est bien autiement juste et légitime.

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