‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 541 sur 619 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ÉGISTHE, NARBAS, EDRYCLÈS

NARBAS.

Le tyran nous retient au palais de la Reine, 1105

Et noue destinée est encore incertaine.

Je tremble pour vous seul. Ah, mon prince I ah, mon fils !

Souffrez qu un nom si doux me soit encor permis.

Ah ! vivez. D'un tyran désarmez la colère,

Conservez une tête, hélas 1 si nécessaire, 1110

Si longtemps menacée, et qui m'a tant coûté.

EURTCLÈS.

Songez oue, pour vous seul abaissant sa fierté, Mérope de ses pleurs daigne arroser encore Les parricides mains d'un tyran qu'elle abhorre.

D'un long étonnement à peine revenu, 1115

Je crois renaître ici dans un monde inconnu.

Un nouveau sang m'anime, un nouveau jour m'éclaire.

Qui? moi, né de Mérope I Et Cresphonte est mon père!

Son assassin triomphe ; il commande, et je sers 1

Je suis le sang d'Hercule, et je suis dans les fers! 1120

HARBA8.

Plût aux Dieux qu'avec moi le petit-fils d'Alcide Fût encore inconnu dans les champs de l'Élide !

ÉGI8THE.

Hé quoi? tous les malheurs aux humains réservés,

Faut-il, si jeune encor, les avoir éprouvés ?

lies ravages, l'exil, la mort, l'ignominie, 1125

Dés ma première aurore ont assiégé ma vie.

De déserts en déserts errant, persécuté,

J'ai langui dans l'opprobre et dans l'obscurité.

Le Ciel sait cependant si, parmi tant d'injures,

J'ai permis à ma voix d'éclater en murmures. 1130

Malgré l'ambition qui dévorait mon coeur,

J'embrassai les vertus qu'exigeait mon malheur;

592 MÉROPE. j

Je respectai, j'aimai, jusqu'à votre misère ;

Je n'aurais point aux Dieux demandé d'autre père :

Ils m'en donnent un autre, et c'est pour m 'outrager. 1135

Je suis bis de Cresphonte, et ne puis le venger.

Je retrouve une mère, un tyran me l'arrache :

Un détestable hymen à ce monstre l'attache.

Je maudis dans vos bras le jour où je suis né ;

Je maudis le secours que vous m'avez donné. 1140

Ah, mon père ! ah ! pourquoi d'une mère égarée

Reteniez-vous tantôt la main désespérée? *

Iles malheurs finissaient ; mon sort était rempli*

NARRAS.

Ah I vous ôtes perdu : le tyran vient ici.

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