ACTE III, SCÈNE Y
Et le mérite enfin que vous nous faites voir Devrait
ALCESTK.
Mon Dieu I laissons mon mérite, de grâce De quoi voulez-vous là que la cour s'embarrasse ? Elle auroit fort à faire, et ses soins seraient grands D'avoir à déterrer le mérite des gens. 1030
AASINOÉ.
Un mérite éclatant se déterre lui-même.
Du vôtre en bien des lieux on fait un cas extrême ; Et vous saurez de moi qu'en deux fort bons endroits Vous fûtes hier loué par des gens d'un grand poids.
ALCESTE
Hé I Madame, l'on loue aujourd'hui tout le monde, 1035
Et le siècle par là n'a rien qu'on ne confonde.
Tout est d'un grand mérite également doué .
Ce n'est plus un honneur que de se voir loué ;
D'éloges on regorge, à la tête on les jette,
Et mon valet de chambre est mis dans la gazette. 1040
▲Rsmoti.
Pour moi, je voudrais bien que, pour vous montrer mieux, Une charge à la cour vous pût frapper les yeux. Pour peu que d'y songer vous nous fassiez les mines, On peut, pour vous servir, remuer des machines ; Et j'ai des gens en main que j'emploierai pour vous» 1045 Qui vous feront à tout un chemin assez doux.
ALCESTB.
Et que voudriez-vous, Madame, que j'y fisse ?
L'humeur dont je me sens veut que je m'en bannisse .
Le Ciel ne m'a point fait, en me donnant le jour,
Une âme compatible avec l'air de la cour. 1050
Je ne me trouve point les vertus nécessaires
Pour y bien réussir, et faire mes affaires.
Être franc et sincère est mon plus grand talent;
Je ne sais point jouer les hommes en parlant;
Et qui n'a pas le don de cacher ce qu'il pense, 1055
Doit faire en ce pays fort peu de résidence1.