SCÈNE I
ÉUANTE, PHILIflTE
PHIL1NTE.
Non, l'on n'a point vu d'àme à manier si dure,
Ni d'accommodement plus pénible à conclure : li 00
En vain de tous côtés on l'a voulu tourner,
Hors de son sentiment on n'a pu l'entraîner;
Et jamais différend si bizarre, je pense,
N'a voit de ces Messieurs occupé la prudence.
c Non, Messieurs, disoit-il, je ne me dédis point, 1105
Et tomberai d'accord de tout, hors de ce point.
De quoi s'offense- t-il? et que veut-il me dire?
Y va-t-il de sa gloire à ne pas bien écrire?
Que lui fait mon avis, qu'il a pris de travers ? '
On peut être honnête homme, et faire mal des vers : 1110
Ce n'est point à l'honneur que touchent ces matières.
Je le tiens galant homme en toutes les manières,
Homme de qualité, de mérite, et de cœur,
Tout ce qu'il vous plaira, mais fort méchant auteur.
Je louerai, si l'on veut, son train et sa dépense, 1115
Son adresse à cheval, aux armes, à la danse;
Mais, pour louer ses vers, je suis son serviteur 4 ;
Et, lorsque d'en mieux faire on n'a pas le bonheur,
On ne doit de rimer avoir aucune envie, . ,
1. Bien peu de temps après Molière, Boileau, parlant de Chapelain, disait dans sa satire il, composée en 1667, publiée en ltW8 :
Qu'on vante en lui la foi, l'honneur, la probité; Qu'on prise sa candeur et sa civilité; Qu'il soit doux, complaisant, officieux, sincère : On le veut, j'y souscris, et suis prêt à me taire. Mais que pour un modèle on montre ses écrits, Ou il soit le mieux rente de tous les beaux esprits, Comme roi des auteurs qu'on l'élève à l'empire, Ma bito alors s'échauffe, et je brûle d'écrire.