Var. Et vous êtes mon roi, je vous dois obéir
4. Var. Sire, quelle apparence, à ce triste hyménfa, Qu'un même jour commence et finisse mon deuil Mette en mon lit Rodrigue et mon père au cercueil ? C'est trop d'intelligence avec son homicide;
Vers ses rannes sacrés c'est ma rendre perfide,
Et souiller mon honneur d'un reproche éternel. (1637-56)
Si Rodrigue à l'État devient si nécessaire,
De ce qu'il fait cour vous dois-je être le salaire, 1810
Et me livrer moi-même au reproche éternel
D'avoir trempé mes mains dans le sang paternel?
DON FERNAND
Le temps assez souvent a rendu légitime
Ce qui sembloit d'abord ne se pouvoir sans crime .
Rodrigue t'a gagnée, et tu dois être à lui. 1815
Mais quoique sa valeur t'ait conquise aujourd'hui,
Il faudroit que je fusse ennemi de ta gloire,
Pour lui donner sitôt le prix de sa victoire.
Cet hymen différé ne rompt point une loi
Qui, sans marquer de temps, lui destine ta foi. 1820
Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes.
Rodrigue, cependant il faut prendre les armes. Après avoir vaincu les Mores sur nos bords, Renversé leurs desseins, repousse leurs efforts, Va jusqu'en leur pays leur reporter la guerre, 1825
Commander mon armée, et ravager leur terre : A ce nom seul de Cid ils trembleront d'effroi * ; Ils t'ont nommé seigneur, et te voudront pour roi. Mais parmi tes hauts faits sois-lui toujours fidèle : Reviens-en, s'il se peut, encor plus digne d'elle ; 1830
Et par tes grands exploits fais- toi si bien priser, Qu'il lui soit glorieux alors de t'épouser.
DON RODRIGUE
Pour posséder Chiméne, et pour votre service, Que peut-on m'ordonner que mon bras n'accomplisse ? Quoi qu'absent de ses yeux il me faille endurer, 1 855
Sire, ce m'est trop d'heur de pouvoir espérer.
DON FERNAND
Espère en ton courage, espère en ma promesse ;
Et possédant déjà le coeur de ta maîtresse,
Pour vaincre un point d'honneur qui combat contre toi,
Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi. 1840