ACTE PREMIER
THÉRÈSE
Et LAGRSÉ
Il à peut-être fait une mauvaise chasse; va suffit pour les contrarier. As-tu vu son père?
Il est venu me dire bonjour, toujours épanoui comme un jour de Pâques. En voilà encore un qui ne se fait pas de bile!
THÉRÈSE
Pourquoi tiens-tu tant à ce qu’on se fasse de la bile?
Mais si ce que je suppose est vrai, il me le paiera!
Que feras-tu ?
Je n’en sais rien. J'aurai une inspiration.
THÉRÈSE
Francine, Francine, méfie-toi de ta tête !
Oh ! ne crains rien. Ce ne sera pas ce que tu crois. Je suis folle en apparence, mais en apparence seulement. Je ne suis pas de celles qui se figurent qu'un autre homme peut faire oublier à une femme celui qu’elle aime et qui la trahit; à ce compte-là, on ne s’arréterait plus ; car, il n’y a aucune chance que le second vaille
mieux que le premier et l’inévitable troisième que le second. Ou nous aimons notre mari, et alors celui qui prétend le supplanter nous apparaît comme un simple imbécile, ou nous n’aimons plus notre mari, et alors, si, ayant épousé librement, comme nous l'avons fait, toi et moi, un homme qui nous plaisait plus que les autres, nous arrivons à ne plus rien lui inspirer, à ne plus rien éprouver pour lui, c'est démence ou dévergondage de
risquer une nouvelle épreuve avec un monsieur qui vient vous offrir secrètement, sans respect, sans sacrifice, sans amour, je ne sais quel passe-temps honteux, quelle compensation dégradante de fiacre et d'hôtel garni.
THÉRÈSE
Francine !
Ne vas-tu pas te scandaliser quand je suis sérieuse tout autant que quand je suis gaie. Je suis exaspérée ! Je suis exaspérée ! Et si Lucien estinfidèle, je me vengerai, c’est certain, mais pas comme les autres. « Tant mieux, chérie ! tu vas pouvoir dormir maintenant ». Tu verras si je dors. Et puisque j’ai du temps devant moi, il faudra bien que je sache la vérité. Si elle est ce que je crois, je te réponds que j’en aurai vite fait (Annette entre de droite.) et que je re resterai pas longtemps au partage. Tout ou rien !
Pendant ces derniers mots, Annette s'est mise à préparer le thé que le domestique avait déposé sur une table.
THÉRÈSE
Prends garde, Annette est là!
Elle ne peut rien entendre et puis elle ne comprendrait pas! (Lucien, Stanislas, Henri sont entrés en causant.) Elle me fait l’effet d’être dans ton genre, celle-là, sentimentale comme une poule.
THÉRÈSE
Tant mieux pour ellei