‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 154 sur 208 · ACTE DEUXIÈME. STE Voyons · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. STE Voyons

La première : mon frère aime-t-il véritablement sa femme?

HENRI

Certes.

ANNETTE

Voilà déjà que vous me répondez comme vous répondriez à tout le monde.

HENRI

Eh bien! il l'aime autant qu’il peut aimer; on ne peut pas demander plus.

ANNETTE

Soit. Secondement : est-ce de cette facon que tous les hommes aiment leurs femmes ?

HENRI

Il y en a qui les aiment moins.

ANNETTE

Peut-il y en avoir qui les aiment plus?

HENRI

Oui, seulement on les cite.

ANNETTE

Troisièmement : si vous étiez une jeune fille, si vous étiez moi, par exemple, vous marieriez-vous ? Cela dépendrait de ce que je demanderais au mariage. L'amour! Roméo et Juliette.

HENRiï.

Nous ne sommes plus au xvi° siècle.

ANNETTE

Paul et Virginie!

HENRI

Nous ne sommes pas à l’ile de France. -

ANNETTE

Alors ?

HENRI

Alors, puisque vous voulez que je sois bien sincère, mademoiselle, si j'étais une jeune fille, sachant ce que je sais, je ferais ce que j'ai fait étant un homme, je ne me marierais pas ; mais je ne suis pas une jeune fille, et une jeune fille ne peut pas sayoir ce que je sais. Alors le monde continuera d’aller comme il allait, comme il va et comme il peut aller, entre l’idéal des uns et l’ignorance des autres, au petit bonheur. ;

ANNETTE

Dites-moi ce que vous savez?

HENRI

Malheureusement, mademoiselle, c’est impossible,

ANNETTE

Pourquoi ?

HENRI

Parce qu’il est convenu qu’une jeune fille ne peut être renseignée sur la vie que par sa mère et son confesseur. Et je n’ai plus ma mère! Elle est morte à trente-quatre js, d’un rhume pris en sortant d’un bal, par un temps comme celui d’aujourd’hui. C’est pour cela que je pense à ceux qui ont froid! Et je ne suis pas encore allée et je n’irai jamais au bal.

HENRI, Reste le confesseur,

FA

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