‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 155 sur 208 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ANNETTE, après un temps.

.… Il y a encore mon frère: mais, si mon frère savait

ce qu’il faut savoir, il est probable qu'il ne laisserait pas sa femme toute seule comme il a fait hier après votre

* départ. Il y a aussi notre père qui nous aime bien, que

j'aime beaucoup, qui me donne tout ce que je puis désirer et même au delà, mais qui est demeuré plus jeune que moi, non seulement de caractère, mais je crois vraiment d'âge; et la chasse à l'automne, le monde l'hiver, la saison de Londres au printemps, une ville d'eaux l'été suffisent à son bonheur et à sa philosophie. Il me sait auprès de ma belle-sœur qu’il a toujours vue de belle humeur, il est persuadé que je m'amuse, il est sûr que je me porte bien, il me donnera une belle dot, il trouve que tout est pour le mieux, et, en effet, tout est peut-être pour le mieux. Je regrette que vous ne croyiez pas devoir me dire les choses que vous Savez; je me senfais en bonnes dispositions ce matin pour m'instruire un peu.

- J'ai veillé tard. C'était la première fois que mon neveu

dormait dans ma chambre; je n’osais pas fermer les yeux. Je contemplais ce petit être si frêle, déjà si intéressant, et je faisais toutes sortes de réflexions sur la vie. Vous devez, vous qui en savez si long, mépriser d’avance les réflexions d’une cervelle de jeune fille ordinairement occupée de salades japonaises. C’est que, quelquefois, je ‘regrette d’être née dans la classe dont je suis. J'aurais ‘voulu être une petite bourgeoise, très occupée, une bonne ménagère. Lorsque j'entre dans un magasin et que je vois une jeune femme avenante qui me demande, : - en souriant toujours, ce que je désire, j'ai toujours envie . de lui répondre : « Ce que je désire, madame, c’est d’être à votre place. » Si je me faisais religieuse, comme mon confesseur m'y exhorte souvent, cela arrangerait tout ! Si maman était là, ça irait encore mieux. J'ai eu plaisir, hier au soir, à vous entendre dire maman, à propos de Lei 18

cette salade. C’est gentil de dire encore maman, quand on est un grand garcon.

HENRI

Un vieux garçon.

ANNETTE

Vous l’aimez bien, votre mère ?

HENRI

Oh! oui.

ANNETTE

Quel âge a-t-elle?

HENRI

Soixante-deux ans.

ANNETTE

Elle a une bonne santé?

Excellente.

ANNETTE

Que Dieu vous la garde! Vous la voyez souvent?

HENRI

Tous les jours. Je demeure avec elle.

ANNETTE

Dans le même appartement ?

HENRI

Dans la même maison.

ANNETTE

Que vous êtes heureux! Que parlez-vous de votre âge? Un homme de quarante-deux ans qui n’a jamais quitté sa mère est toujours un enfant. Et votre père?

HENRI

Mon père est mort quand j'étais tout petit. Je ne me le

rappelle que très vaguement. Ma mère était fort belle, mais elle aimait mon père.

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