ACTE TROISIÈME
trop pour cela; mais elle m’a parlé souvent de M. de Symeux et tout à l'heure encore, en termes tels, qu’il n’y a pas de doute pour moi. Je ne dirai pas qu’elle l’aime, ce mot a servi à tant de choses banales, étranges ou honteuses, qu’on ne sait plus si on peut l’employer, mais elle ne voit certainement que lui dont elle consentirait à être la femme, avec qui elle accepterait de passer toute sa vie. Voilà dans quel état moral je vous rends votre fille, après mes deux mois de tutelle.
LE MARQUIS
Vous partez décidément ?
Oui. Il fait trop froid à Paris.
LE MARQUIS
Lucien part avec vous ?
Je ne pense pas.
Voulez-vous que je vous accompagne ?
Je vous remercie. Il ne n’arrivera rien ; j'ai ma femme de chambre.
| LE MARQUIS
Vous emmenez votre fils ?
Non. Le voyage ie fatiguerait trop; je le laisse à An-
nette.
LE MARQUIS
Et voilà tout?
Et voilà tout. Est-ce que vous avez, vous, quelque chose à me communiquer ?
LE MARQUIS
Non, rien.
ÉLISA, à Francine.
La couturière est aux ordres de madame la comtesse. Elle sort.
Cest bien. J'y vais. (A Thérèse.) À tout à l'heure. Elle sort.
THÉRÈSE, au marquis.
Eh bien, que vous a-t-elle dit?
LE MARQUIS
Elle m’a parlé d’Annette.
THÉRÈSE. ù Et d'elle-même?
LE MARQUIS
Pas un mot.
THÉRÈSE
Et vous ne l’avez pas interrogée?
LE MARQUIS
J'ai été au moment de le faire, malgré nos conventions, et je me suis arrêté.
THÉRÈSE
Pourquoi?
LE MARQUIS
Je n’ai pas osé.
THÉRÈSE. ‘ Tant vous avez peur de la trouver coupable !
LE MARQUIS
Tant je la trouve simple et calme à la surface, tant je la crois blessée profondément, Il n’y à pas là une personne ordinaire. Quelle que soit la main qui a fait cette blessure, je ne saurais y toucher, pas plus qu'aucun des