‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 193 sur 208 · ACTE TROISIÈME. 377 THÉRÈSE · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME. 377 THÉRÈSE

Il fait cela pour le monde, pour son nom, pour le tien.

Je refuse. Nous nous séparons pour des fautes réciproques ; nous ferons connaître ces fautes au tribunal qui nous jugera.

THÈRÈSE.

Et ton fils, qui ne doit pas rougir un jour de toi. FRANCINE.

Ne me dis pas de lieux communs ! Nous n'en sommes plus là! J'ai donné plus de trois cents nuits à mon fils. Pendant plus de trois cents nuits, je l’ai tenu dans mes bras ; après l’avoir fait de ma chair, je l'ai nourri de mon sang. C'est le premier grief que M. de Riverolles ait à me reprocher; hier encore c'était le seul. Il pourra le faire valoir devant les juges. Amoureuse, lâchement amoureuse, j'ai demandé au père de mon enfant quelques heures de sa vie; il me les a refusées parce qu’il les avait justement promises à une autre. J'implore, il raille; je pleure, il rit; je menace, il répond : « Va te reposer, tu as Ja fièvre! » Et il part. Il fallait aller me coucher tout bonnement, en effet, prier en silence, me résigner, attendre patiemment qu'au petit jour l’autre me le rendit. Eh bien, non, et j'ai fait comme lui. Pourquoi ne m'adore-t-il pas, maintenant que je suis aussi méprisable que toutes celles qu'il aime.

THÉRÈSE

En se déclarant seul coupable, ton mari expie d’abord publiquement une partie de sa faute, et il t'autorise à garder ton fils avec toi.

A quoi bon? Je ne me sens plus la force de lutter contre les instincts et les hérédités d’une race et d'empêcher le

fils de tenir du père. Riche, gentilhomme, oisif, dispensé . et d’ailleurs incapable de touttravail, bon pour les roturiers, à vingt ans, mon fils aura déjà été l’amant des courtisanes les plus renommées de Paris, peut-être filles de celles qu’aura aimées son père; à trente ans, il épousera une vierge pour voir ce que c’est, et quand il aura vu, il la rejettera en disant : « Pareille aux autres! » Mon fils! mon fils! Hélas! ce sera un homme. Il faudra qu’il méprise les honnêtes femmes, autant qu’il ait commencé par sa mère; ça ira plus vite.

THÉRÈSE

Tu deviens folle !

Je n’ai jamais eu plus de sang-froid.

THÉRÈSE

Mais tu souffres ?

Évidemment, j'ai beaucoup souffert. C’est fini. Continue. Quelles sont les autres décisions de mon mari?

THÉRÈSE

Il attend son notaire.

FRANCINE, riant.

Ah! ah!

Cela te fait rire?

Oui, dans une question comme celle qui nous occupe, question d'honneur, de vie, de mort peut-être, ce mot : « le notaire », fait un drôle d'effet. Je ne voyais pas de « notaire » dans tout cela. Tu ne trouves pas que « le notaire » est de trop. Enfin, va pour « le notaire ». Qu'est-ce que « le notaire » va avoir à faire là-dedans?

Page 1