ACTE TROISIÈME
Othello, ni Fernand ! Sganarelle ! C’est à se tordre, comme nous disions encore hier! — il y a cent mille ans...
THÉRÈSE
Tout ce que tu voudras; il d'a trahie; il n’a pas de cœur ; il ne te comprend pas; il ne te comprendra peutêtre jamais; déteste-le, méprise-le, plains-le!... mais garde-le. C’est le mari, c’est le père de l'enfant. Cest celui dont nous ne pouvons jamais nous passer, tant qu'il vit, tant qu'il n’a pas fait une bassesse ou une lâächeté publique. Garde-le! garde-le! Il ne sera pas déshonoré pour avoir eu une maîtresse, tu le seras à tout jamais pour avoir laissé croire que tu as eu un amant. Pas un homme n’est digne que nous nous dégradions pour lui, pas même que nous le lui fassions croire ! Accepte tout, consens à tout, mais que le monde continue à te saluer comme une honnête femme ! Garde-le}
Soit. Personne n’écoute?
THÈRÈSE.
Qu'est-ce que tu veux dire?
Tu étais sûre de mon innocence, convaincue que tu me la ferais avouer ; tu as peut-être aposté mon mari et mes amis derrière ces portes en leur disant : « Elle ne se doutera de rien; à moi, elle dira tout; elle se disculpera malgré elle; vous paraitrez alors subitement et tout le monde s’embrassera. »
THÉRÈSE
Il n’y a personne; regarde. |
Tant mieux; ce petit piège à prendre un enfant m'aurait humiliée. Eh bien! puisque nous sommes seules, que nous pouvons tout nous dire, que tu m'aimes...
THÉRÈSE
Tu le sais bien.
Et que, moi aussi, je t'aime, veux-tu que nous nous donnions une preuve mutuelle de notre amitié?
THÉRÈSE
Je te le demande à genoux.
Soit ! je vais te la donner, la première, cette preuve, en te disant la vérité que tu tiens tant à savoir. (Émotion de Thérèse.) Qu'est-ce que tu as ?
THÉRÈSE
Dis.
Tout ce que j'ai raconté à mon mari est vrai.
THÉRÈSE, des larmes dans la voix.
Va! va.
Mais puisque tu es convaincue que, pour ma famille, pour mon fils, pour le monde, il vaut mieux qu'il n'y ait ni séparation ni scandale ; puisque personne autour de nous ne veut croire à cette vérité que nous sommes seules à connaître, toi et moi; enfin, puisque, par égoïisme ou par amour-propre, M. de Riverolles se contentera d’un mot de dénégation de ma part pour me croire innocente, maintenant que tu sais tout, me conseilles-tu de dire ce mot?
THÉRÈSE
Non.
Alors ne viens plus me parler de l'amitié, je n’y croirai pas plus qu’à l’amour.