ACTE DEUXIÈME
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LIONNETTE
Je le trouverai, moi, sans les ignominies prévues. Le comte vous restituera en public ce que vous lui avez avancé en secret et il ajoutera à cette restitution tout
ce qui sera nécessaire pour que voire haine se trouve vraiment dans son droit.
NOURVADY.
Il me soufflettera ?
LIONNETTE
Ce n’est pas douteux.
NOURVADY.
Je le tuerai.
LIONNETTE
Ce n’est pas sûr; il est brave. Un homme qui ne craint pas la mort sur le terrain a chance de la donner.
NOURVADY.
Faites des vœux pour lui, c’est votre devoir d’épouse d’abord, et puis ma mort sera un heureux événement, une bonne affaire pour vous.
LIONNETTE
Parce que?
NOURVADY.
Parce que, n'ayant pas un parent, pas un ami vrai dans ce monde, comme il convient à un “millionnaire comme moi, parce que vous aimant, comme on doit aimer, dans la vie et dans la mort, j'ai fait mon testament, dans lequel je dis que vous êtes la personne la plus belle et la plus pure que j'aie jamais rencontrée; que votre mari, qui m’aura tué, vous aura. injustement soupconnée, et que je vous prie, en échange du soupçon dont mon admiration et mon respect ont été. involontairement cause, de vouloir bien accepter, pour votre
fils, tout ce que je possède, bien que je déteste auss: votre fils.
à LIONNETTE.
Pourquoi? k NOURVADY.
Parce que cet enfant est, la preuve vivante de votre amour pour votre mari.
LIONNETTE, à part.
Hélas! l'enfant ne prouve rien. (Haut.) Allons, tout cela n’est pas commun et vous finiriez peut-être par me convaincre, avec votre mort, en admettant que tout cela soit vrai. Si ce n’est pas vrai, c’est assez bien trouvé.
NOURVADY.
Pourquoi mentirais-je? Et que voulez-vous que je fasse de ma fortune si je meurs? A quoi peut-elle me servir sans la vie et, dans la vie, à quoi peut-elle me servir sans vous? Or, si je meurs, mon testament est là, à côté des titres de propriété de cette maison que vous n’auriez eu qu’à signer, si vous aviez consenti à en être propriétaire, de mon vivant. (1! montre un meuble au fond.) et votre argent de poche est ici. (11 montre le coffret.)
LIONNETTE
Ah! c’est vrai! Le fameux million. — C’est là le tentateur de l’heure présente. — Le tabernacle du veau d’or. Eh bien, voyons-le.. Après ce que vous m'avez dit, qui sait, votre Dieu me convertira peut-être.
Elle à marché vers le coffret dont elle ouvre le côté supérieur. — L'or contenu jusque-là se répand sur le panneau ouvert.
LIONNETTE, regardant cet or.
Cest vraiment beau, comme tout ce qui a une force. Il y a là l'ambition, l'espérance, le rêve, l'honneur et le déshonneur, la perte et le salut de centaines, de milliers de créatures, peut-être ; il n'y a rien pour moi. Si j'ai-
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mais mon mari, je prendrais probablement ce million pour le sauver; ce serait une des mille bassesses que ce qu’on appelle l'amour vrai fait commettre. Mais, décidément, je n'aime personne et je n'aime rien. (Refermant violemment le coffret.) Battez-vous, tuez-vous, vivez ou mourez, vous m'êtes indifférents l’un et l’autre; vous m'avez insultée tous les deux, chacun à votre facon et toujours au nom de l'amour! Ah! si vous saviez comme ce que vous appelez l'amour m'est de plus en plus odieux ! Mais, pour me faire croire à l'amour, montrez-moi donc un homme qui respecte ce qu'il aime! Je vous aime, c’est-à-dire, vous êtes belle et votre chair me tente ! Cest à cette tentation que je dois l'outrage que vous me faites! Un prince n’a pu résister à ce qu’il appelait, lui aussi, son amour pour une jolie fille, et me voilà au monde, à cause de cela ! il faut que je souffre à cause de cela! et que je me vende peut-être aussi à mon tour, toujours à cause de cela! Et ce père n’a pas osé m’aimer devant tout le monde, moi, sa fille; lui, un roi! Mais, au moins, il m'a quelquefois pressée sur son çœur en cachette; il a pleuré, car il souffrait, lui aussi! En tenant ma tête dans ses mains, il ma dit, il est le seul qui m’ait dit : « Sois toujours une honnête femme ; c’est le fond des choses, vois-tu ! » et je l'ai cru et j'ai voulu être une honnête femme comme il me l’avait demandé, et cela me mène, à quoi? à être traitée comme la dernière des créatures par celui à qui je suis restée fidèle; et voilà monsieur qui m’offre de m’entretenir ! Son père à gagné beaucoup de millions dans la banque, et lui, son fils, voudrait n’acheter, pendant que je suis encore belle, bien entendu. Pourquoi pas ? Mais, mon cher, je suis née d’un désir et d’une corruption; ils ne m'ont pas fait de cœur; avec quoi voulez-vous donc que je vous aime ? Je n’estimais pas ma mère, vous ne Savez pas Ce que c’est que de ne pas estimer sa mère! Mon mari est un ignorant, un oisif, un maladroit qui aurait dû me guider, qui n’a pas
su et que je ne reverrai jamais. Voilà .où j’en suis. Quant à mon fils, javais besoin de secours, je l'ai pris hier dans mes bras, il m'a dit :.« J'aime mieux aller jouer ». Eh bien, qu’il se tire d’affaire sans le déshonneur maternel, ce sera une nouveauté dans la famille et ce sera mon: dernier luxe. N'importe; à travers toutes ces vénalités ets toutes ces erreurs, ila passé tout à coup un des premiers! gentilshommes du monde, et il a tout changé en passant. Jai du sang royal dans les veines. Vous ne m'aurez: jamais! Adieu. (Elle se dirige vers la porte dufond. On: entend deux coups-violents: et précipités du timbre dela cour.) Qu'est-ce que c’est que ça?
NOURVADY.
Un visiteur qui se trompe. (Sonnant.) Attendez ! (Le valet de chambre paraît.) Qu'est-ce que c’est?