‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 58 sur 208 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

PONTFERRAND, lui serrant la main.

Je vous en fais mon compliment. Vous devriez bien me fourrer dans un conseil d'administration. Les Pontferrand sont de vieille souche. Voilà une occasion pour la démocratie de faire alliance avec la noblesse. Et puis ça me ferait aller quelquefois à Paris.

THOUVENIN

Les jetons d'absence seraient pour la petite. PONTFERRAND.

Qui est-ce qui vous a dit de ces choses-là ?

THOUVENIN

Ça se dit dans le pays.

PONTFERRAND.

Tas de bavards!

THOUVENIN

On vous voit trottiner, de temps en temps, du côté du télégraphe où vous allez porter vous-même vos petites dépêches.

PONTFERRAND.

A un ami.

THOUVENIN

Hé! vous n’allez pas les adresser directement à la petite, vous êtes plus fort que ça, etle lendemain, régulièrement, on vous voit partir pour Paris, où vous restez deux bons jours.

PONTFERRAND.

C'est vrai.

/ THOUVENIN

Je vous mettrai dans un conseil d'administration; mais

dites-moi pourquoi, puisque vous étiez veuf, vous êtesvous remarié? Par mortification ?

PONTFERRAND.

Vous y êtes. J'étais inconsolable de la mort de ma première femme, qui n’avait aucun rapport avec celleci... un ange, un ange, et plus on est inconsolable…

THOUVENIN

Plus on a besoin d’être consolé. Mais ce n'était pas

le moyen.

PONTFERRAND.

Mais je me croyais sincèrement inconsolable pour toujours. Alors, on.a abusé de ma douleur. On m’a dit qu’il fallait me remarier, à cause de Clarisse, avec une femme sérieuse. J'ai cherché une personne que l’on ne pût pas m’accuser d’avoir épousée par amour; on m’a indiqué mademoiselle de Laville Serteux, je me suis dit tout de suite : voilà mon affaire.

THOUVENIN

On ne pouvait pas trouver mieux.

PONTFERRAND.

Je ne crois pas. Il faut vous dire que, tel que vous me voyez, je suis resté très jeune.

THOUVENIN

De cœur ?

PONTFERRAND. De cœur et de tout. C

Alors?

PONTFERRAND.

Alors, dans le commencement de mon mariage, moins il y avait d'entrainement de ma part, plus il me paraissait juste de concilier et mes devoirs envers la mémoire de ma première femme, et ce que je devais, après tout, aux aspirations légitimes de la seconde. Je m'étais remarié, je devais au moins.

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