‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 62 sur 208 · SCÈNE II FERNAND, THOUVENIN · texte numérisé non relu

SCÈNE II FERNAND, THOUVENIN

THOUVENIN, à Fernand.

Déjà en tenue.

FERNAND

Jereviens de la ville.

THOUVENIN

Je vous ai aperçu, j'étais à cheval.

FERNAND

Je ne vous ai pas vu.

THOUVENIN

J'étais loin et vous paraissiez très pressé. Vous pensiez à autre chose, à quelque jolie femme.

__ FERNAND

Probablement ; à vrai dire, je ne pense guère au’à cela. THOUVENIN. k Depuis quel âge?

FERNAND

Seize ans, seize ans et demi, c’est l’âge maintenant. THOUVENIN.

Pas pour tout le monde.

FERNAND

Vous voulez me faire croire que vous n'avez jamais été amoureux.

THOUVENIN

Je le suis, en ce moment, de ma femme et depuis douze ans.

FERNAND

Et avant?

THOUVENIN

Avant, j'avais bien autre chose à faire que de m’occuper d'amour. J'avais à faire ma vie et celle de ma mère, qui était veuve : une de ces braves femmes de la campagne, sans instruction, à qui leur cœur atout appris. J'étais ouvrier, très pauvre, mais très travailleur, très ambitieux et, ne riez pas, très chaste. Je m'étais juré que je ne posséderais jamais qu’une femme, celle que j'épouserais.

FERNAND

Et vous vous êtes tenu parole?

THOUVENIN

Oui.

FERNAND

Et vous vous êtes marié à quel âge?

THOUVENIN

A vingt-huit ans.

FERNAND

Ah! que c’est drôle!

THOUVENIN

Qu’y a-t-il de drôle à cela ? Ce qui est drôle, pour me servir du même mot que vous, c’est de faire autrement, c'est d’avoir dit à deux femmes différentes qu’on les aimait. Du moment qu’on a dit à une femme, quelle qu’elle soit, qu’on l'aime, on a engagé toute sa vie. Ce

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