ACTE PREMIER
- prend le plus l’amour au sérieux. C’est un Antony millionnaire, et, à notre époque, c’est curieux! GODLER.
Et utile.
Richard et Jean, qui ont causé dans un coin, du salon s’acheminent vers la terrasse où ils causent encore en vue du public.
NOURVADY.
Je ne sais pas pourquoi Trévelé me prend toujours à partie à propos de ma fortune, dont je parle cependant le moins possible. Je suis riche ; ce n’est pas ma faute. Si cela eût dépendu de moi seul, cela ne fût certainement pasarrivé. Je suis un trop petit espritpour pouvoir
gagner quarante millions. Heureusement, j'avais un père très intelligent et en même temps très honnête. Ce père avait, à Vienne, une grande maison de banque quia prospéré. Il est mort me laissant quarante millions. Il m'a bien fallu me résigner à les prendre.
LIONNETTE, riant.
Résignation facile, je crois etque j'aurais comme vous.
NOURVADY.
Hé! madame, la fortune est une charge comme une autre, pour un homme du moins, car les femmes ont pour dépenser l’argent plus de grâce etd’esprit que nous. Mais avec beaucoup de simplicité, quelques efforts intellectuels, un peu d’ingéniosité dans la manière de rendre service, il y a quelquefois moyen de s’en tirer, pour
un homme.
TRÉVELÉ.
Et vous vous en tirez très bien, mon cher ! Sinous vous plaisantons sur vos millions, c’est qu’ils sont la seule chose qu’on puisse plaisanter en vous.
NOURVADY, lui tendant la main.
Croyez bien, mon cher Trévelé, que je ne me blesse jamais de vos plaisanteries.
. GODLER, à Trévelé.
Et c’est bien heureux pour toi, parce que si Nourvady était susceptible, tu passerais un mauvais quart d'heure. TRÉVELÉ.
Parce que ?
GODLER.
Parce qu’il tue cinquante pigeons sur cinquante coups de fusil.
TRÉVELÉ.
Mais je ne suis pas un pigeon.
GODLER. | Qu'il fait onze mouches pleines sur douze balles et que la douzième balle écorne.
NOURVADY.
Heureusement, j'ai un bon caractère que je me suis fait à force de volonté, car j'étais violent et facilement irritable,
GODLER.
Ce pauvre Marnepont en a su quelque chose.
NOURVADY.
Ne parlons pas de cela.
LIONNETTE
Mais si, parlons-en. Je l’ai connu beaucoup, M. de Mar-
nepont, et l’on m'a dit, en effet, qu'il avait été tué. —. Par vous, alors?
NOURYADY.
Hélas ! oui, madame.
En duel?
NOURVADY.
Évidemment. Je ne l'ai pas assassiné.