‹ Théâtre completChapitre 128 sur 149 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

ANTOINE, seul.

Allons, Antoine, mon garçon, le voilà de retour à la maison du père, te voilà menuisier à ton compte; il faut travailler ferme, il faut travailler pour deux. Eh bien, oui, je me dis ça toute la journée, et je n'en fais rien. Quand elle n'y est pas, je pense à elle; quand elle y est, je la regarde, et puis le temps se passe, et le rabot se croise les bras, (n écoute.) Il me semblait pourtant l'avoir entendue remuer dans sa chambre : il est huit heures du matin; au surplus, quand elle se lèverait un peu tard, il n'y aurait là rien d'étonnant : à minuit, elle ne dormait pas encore. J'en suis bien sûr, je me suis levé trois fois pour écouter. Qui pouvait donc la faire veiller ainsi? Ah! dame, j'ai entendu dire que, dans les grandes maisons, on faisait les visites à minuit, et qu'on se couchait à deux heures du matin. C'est peut-être ça. On ne perd pas en un jour des habitudes de dix-huit ans. Après ça, moi, je puis me coucher tard aussi. Je dormirai un peu moins, voilà tout. Ah ! je ne m'étais pas trompé, elle était levée, J'entends ses petits pas.

Page 1