‹ Théâtre completChapitre 129 sur 149 · SCÈNE II LOUISE, ANTOINE · texte numérisé non relu

SCÈNE II LOUISE, ANTOINE

LOUISE

Bonjour, frère.

ANTOINE

Bonjour, mademoiselle.

LOUISE

Comment, mademoiselle? qu'est-ce que cela signifie?

ANTOINE

Cela signifie qu'il est aussi difficile de s'habituer, à ce qu'il paraît, au bonheur qu'à la peine ; cela signifie que je ne puis pas me convaincre moi-même que vous êtes ma sœur. Cela signifie que je crois toujours que vous allez vous fâcher, si je vous appelle Louise.

LOUISE

Mon bon Antoine !

ANTOINE

Oh ! oui, votre bon Antoine, et qui vous aime, vous pouvez vous en vanter, ce qui ne l'empêche pas, de temps en temps, de se dire à lui-même qu'il pourrait bien avoir fait une sottise en disant qu'il était votre frère.

LOUISE

Oh! mon ami, non, non, croyez-moi, tout est pour le mieux.

ANTOINE

S'il n'y avait pas eu ce corridor, non, je n'aurais rien dit, voyez- vous: mais ce satané corridor...

LOUISE

Voilà déjà deux ou trois fois que vous me parlez de ce corridor... Voyons, que voulez-vous dire ?

ANTOINE

Chut! vous avez raison, je n'en ai que trop parlé; gare la Bastille! parlons d'autre chose, parlons de vous, mademoiselle.

LOUISE

Encore mademoiselle !

ANTOINE

Je n'ose pas, c'est plus fort que moi, et c'est votre faute, aussi.

LOUISE

A moi? ma faute?

ANTOINE

Oui, vous ne me tutoyez plus... Et, quand vous étiez une grande dame, vous me tutoyiez. Tenez, je le vois bien, vous aurez autant de mal à me dire tu ... que moi à cesser de vous dire vous; mais passons à autre chose. Disons-nous vous, disons-nous tu... disons-nous comme nous pourrons, ça viendra avec le temps.

Qu'avez-vous donc à me regarder ainsi, Antoine?

ANTOINE

Ce que j'ai ? J'ai que je vous trouve jolie comme un amour sous ce nouveau costume. Et cependant ce n'est rien, mon Dieu, une robe toute simple, cinq ou six aunes de laine, pas autre chose. Ah ! et puis plus de poudre, c'est vrai. Eh bien, tenez, c'est cela qui vous va si bien. Est-il possible, quand le bon Dieu vous a donné des cheveux pareils, des cheveux fins comme des fils de la Vierge ! est-il possible de les couvrir d'une espèce de farine blanche! Allons donc, à la bonne heure, voilà des cheveux, de véritables cheveux... Eh bien où allez-vous donc?

LOUISE

A l'église, à la messe.

ANTOINB.

C'est juste, il faut prier le bon Dieu, beaucoup pour vous, et UD peu pour moi. Adieu.. .

LOUISE

Adieu, Bernard?

ANTOINE

Adieu, ma...

LOUISE

Eh bien?

ANTOINE

Eh bien, ma foi, adieu, ma sœur.

LOUISE

Et puis...

Et puis quoi ?

LOUISE

Vous voyez bien que j'attends.

ANTOINE

Vous attendez que, moi, je... ? Écoutez, c*est vous qui le ▼oulez.

LOUISE

Embrasse-moi donc, Bernard.

ANTOINE

Ah! ma loi... (ii l'embrasse.) Va, ma petite Louise, va, et

reviens bien vite

Sois tranquille.

LOUISE BERNAKD LOLISK.

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