SCÈNE V
Un Exempt, des Soldats, ANTOINE.
l'exempt.
Eh! l'ami ! est-ce que tu es sourd, par hasard?
Non; mais c'est que, quand je mange, ça m'occupe. Pardon de ne pas avoir été vous recevoir à la porte ; car vous venez de la part du roi, ce me semble. Messieurs, que voulez-vous? et en quoi puis-je être agréable à Sa Majesté ? l'exempt.
Ah! tu es jovial, à ce qu'il paraît?
ANTOINE
Oui, quand je n'ai aucun motif d'être triste; c'est raoïl caractère comme cela.
l'exempt.
Et est-ce aussi ton caractère de répondre franchement aux questions qu'on te fait?
ANTOINE
Dame, c'est selon! si les réponses peuvent me compromettre...
l'exempt.
Oui, elles peuvent te compromettre, si tu ne dis pas la vérité.
ANTOINE
Alors, interrogez, j'écoute.
l'exempt, aux Soldats.
Que deux d'entre vous se détachent et veillent aux environs. (A Antoine.) Nous avoiis perdu de vue, à cent pas de îa maison, un homme qui doit être ici.
Un homme ! quel homme ?
l'exempt.
Un officier.
ANTOINE
Un officier... ici? Ah çà ! mais il y serait donc entré en se rendant invisible ?
l'exempt.
Fais-y attention, mon ami, ne plaisante pas avec les gens du roi ; si tu y étais pris, ce serait pour toi une mauvaise affaire.
ANTOINE
Ah ! mais attendez donc, attendez donc !... je me rappelle.
l'exempt.
Que te rappelles-tu ?
ANTOINE
Un homme enveloppé d'un manteau, n'est-ce pas?
l'exempt.
D'un manteau bleu.
ANTOINE
C'est cela, avec un uniforme dessous.
l'exempt.
Eh bien, cet homme, tu l'as donc vu ?
ANTOINE
Comment, si je l'ai vu? Comme je vous vois! Ah çà ! mais j'ai donc perdu la tête ; il n'y a pas plus de dix minutes, un
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homme tout pareil au signalement de voire déserteur a ouvert la porte; il était trcs-pàlc.
l'exempt.
Dame , quand on joue sa vie.
ANTOINE
Oui... Eh bien, il a ouvert cette porte, et, d'une voix trèsallérée, il m'a dit : « Mon ami, le chemin de Chaton? — Le chemin de Chaton? que je lui ai répondu. 11 n'y a pas à se tromper : prenez la haie du Saut-du-Cerf, et toujours tout droit. » Alors, il a pris la haie du Saut-du-Cerf, et, comme il y a dix minutes de cela, s'il court toujours, il doit être loin maintenant.
l'exempt.
Mon cher ami, je suis fâché de te démentir.
ANTOINE
Comment?
l'exempt.
Mais il n'y a pas un mot de vrai dans tout ce que tu as dit là.
ANTOINE
Moi, j'ai menti?
l'exempt.
Tu as vu l'homme, oui ; il était enveloppé d'un manteau, oui; il avait un uniforme sous ce manteau, oui encore... Mais cet homme n'a pas pris la route de Chaton, vu que j'étais sur cette route.
ANTOINE
Dame, la route de Chaton ou une autre; je sais qu'il m'a demandé celle-là, que je la lui ai indiquée, voilà tout; mais je ne peux pas répondre qu'il avait précisément affaire à Chaton.
Non ; mais, moi, je répondrai que cet homme est ici.
ANTOINE
Eh bien, vous vous trompez joliment, par exemple!
l'exempt.
C'est ce que nous allons voir, (a un Soldat.) Visitez de ce côté.
ANTOINE
Ah ! pardieu ! vous pouvez visiter tant que vous voudrez. C'est une sortie, c'est un hangar; si vous êtes des amateurs
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de varlopes et de rabots, il y en a un assez joli petit assortiment.
l'exempt.
C'est bien, c'est bien ; nous verrons si cette assurance sera de longue durée.
LE SOLDAT, reparaissant.
• Personne.
l'exempt.
A cette chambre.
ANTOINE, à part.
Le malheureux! il est perdu! Mais il n'y aura pas de ma faute, au moins. J'aurai fait ce que je pcuvais pour le sauver.