‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 269 sur 288 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

je vais te parler franchement ; en effet, ça vaudra mieux... Eh bien! oui, par la force des choses, nous allons être amenés à modifier un peu nos habitudes et, par exemple... peut-être, ça dépendra... à ne plus vivre aussi complètement ensemble que par le passé... Laisse-moi continuer... Est-ce que notre amour, qui est éprouvé maintenant, qui est solide, qui est durable, estce que notre amour en sera touché? Est-ce que nous nous aimerons moins, parce que nous n'habiterons plus... je suppose... la même maison ?... Voyons, voyons, ne soyons pas des êtres de préjugés et de routine. Raisonnons avec la vie, avec la vie véritable et réelle en face de nous !

Oh ! comme tu te tortures L'esprit pour empêcher de sortir ta pensée, ta vraie pensée!... Tu veux être libre, c'est évident, tu veux être libre. Tu ne m'aimes plus, et tu n'oses pas me le dire ; et tu n'oseras jamais, parce que tu as des scrupules. Alors, tu as trouvé cette combinaison... Qu'est-ce que tu me proposes ? De m'entretenir, comme Joséphine avec Tourneur. Et tu seras généreux, c'est certain ; tu me donneras beaucoup d'argent !... Ah! mon pauvre ami ! je ne t'ai jamais demandé cela. Je ne t'ai jamais demandé que d'être ta maîtresse tant que la vie ne nous séparerait pas ! Gomme femme entretenue, vois-tu, je serais déplorable ! je ne te ferais pas assez d'honneur !... Tiens ! je sens que nous en sommes juste au point où notre liaison va te devenir insupportable. Je t'ai souvent promis que, ce jour-là, je saurai m'en aller. Le moment est venu de tenir parole : je m'en irai !

JULIEN

Voilà l'éternel malentendu ! voilà l'éternel

« Tout ou rien » que la femme finit toujours par vous jeter à la figure !... Parce que je te demande une concession, parce que je ne suis plus exactement aujourd'hui ce que j'étais hier, tu dis que je ne t'aime plus ! Te voilà sûre que je veux une séparation, que je la cherche !... xMaisnon, mais non, Charlotte, je ne veux pas me séparer de toi, je te le jure! Je t'aime, je t'aime profondément; mais je t'aime comme je le peux, comme la nature m'a organisé pour aimer : je ne peux pas t'aimer autrement!... Et je ne suis pas non plus maître absolu de mes actions ; personne ne l'est. Les circonstances nous imposent une situation nouvelle : il faut la subir, toi comme moi !

Oh! je comprends maintenant!... Tiens! tout ce que tu viens de me dire, ça peut se résumer en un mot : tu nous veux toutes les deux, Simone

et moi !

julien.

Nous y revenons.

CHARLOTTE

Mais il n'est question que d'elle ! tu ne penses qu'à elle ! Ne dis pas le contraire : elle t'a affolé ! affolé!...

JULIEN

Je ne suis ni fou, ni affolé... Simone m'est indifférente.

CHARLOTTE

Oh !

JULIEN

Oui... parfaitement... indifférente... Et puis, quand même, tu entends, quand même, un jour, je serais pris, pour une femme quelconque, d'un désir violent, d'un coup de passion dont je ne serais pas responsable, que je n'aurais pas cherché, ce ne serait pas encore une raison pour que

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