ACTE III, &CÈNE VI
ESTELLE
Vous êtes arrivés les premiers ?
Le baron et ses témoins sont arrivés en même temps que nous.
(Revient la bonne, par l'escalier, une carte à la main.) LA BONNE.
La réponse de madame Varinois.
Ah ! bien, (il Ut.) « Madame Varinois, avec ses plus sincères félicitations... » (Parié.) Continuons... Le baron et moi échangeons un salut plein de courtoisie...
Quel homme est-ce, ce fameux baron?
Grand... bel homme, politesse raffinée... des manières comme au moyen-âge.
ESTELLE
Très chic, enfin !
Suprêmement chic... En m'apercevant, il a souri... J'avais envie de lui tendre la main. . Je
me Suis retenu... (A ce moment, la tête de madame Varinois apparaît au bout de l'escalier, donnant tous les signes
de la plus vive curiosité.) On tire les épées au sort... C'est moi qui ai le choix. Je choisis au hasard, et on nous met en garde.
MADAME VARINOIS, anxieuse.
Oh!
BRIDEL, se retournant.
Hein ? (La tête de madame Varinois disparait.) On nOUS
met donc en garde... J'allonge le bras...
(La tète de madame Varinois reparaît.)
ESTELLE
Etiez-vous ému, Adolphe?
Ce n'est pas de l'émotion que j'éprouvais... — j'en éprouvais aussi, oui, — mais j'étais surtout étonné... Je me demandais : Pourquoi suis-je ici, au lieu d'être à mon bureau ? — J'allonge, dis-je, le bras, les fers se croisent avec un drôle de bruit, comme si on cassait une douzaine d'assiettes.
MADAME VARINOIS.
Dh !
BRIDEL, se retournant encore.
Ah! çà, mais... (La lêle de madame Yarinois disparait.
Et à partir de ce moment, je ne pourrais pas vous dire ce qui s'est passé... Il n'y a que Denoizeau qui le sache.
DENOIZEAU.
Le combat a duré vingt-cinq minutes ; c'est très long... Bridel n'a pas reculé d'un pas. Il se contentait de rompre de temps en temps, en tendant le bras, comme je le lui avais indiqué. Il était pâle, mais résolu. Le baron l'attaquait à petits coups, en battant le fer, et chaque fois qu'il essayait de le toucher, Bridel retirait son arme avec une adresse, un calme...
Je ne savais plus où j'étais...
DENOIZEAU.
Vous avez l'instinct de l'épée. Avec le temps, vous feriez un très bon tireur. Maintenant que vous vous êtes battu, il faudra prendre îles leçons. — Enfin, le combat durait toujours. Je regardais ma montre de temps en temps et je commençais à être inquiet. Tout à coup, je vois le baron qui abaisse son épée, et fait un pas en