ACTE III, SCÈNE V
BLUCHE.
Ah çà ! vous ne savez rien?... Qu'est-ce que vous savez faire?
VALENTIN
Je suis bachelier es lettres.
BLTCHE.
Mon garçon de bureau est bachelier es lettres et es sciences. Feuilletant des fiches.) Tenez, voulezvous être comptable chez un nommé Grenot?
VALENTIN
Qu'est-ce que c'est que ce Grenot ?
BLUCHE.
C'est un emballeur.
VALENTIN
Comptable chez un emballeur!
BLUCHE.
Cent vingt francs par mois. La boutique ouvre à cinq heures du matin.
VALENTIN. riant.
Elle est bonne !
BLUCHE.
Il faudrait que le comptable pût faire aussi la grosse besogne, être un peu garçon de magasin.
VALENTIN, indigné.
Garçon de magasin !
BLUCHE. continuant à lire.
Et dans les cas pressés, effectuer des livraisons. . .
VALENTIN
Avec une petite charrette à bras?
Zll LE BEAT' JEUNE HOMME
BLUCHE.
Parfaitement. Ça vous va-t-il?
VALENTIN
Merci, merci! Je n'ai pas été élevé pour ça.
BLUCHE.
Vous avez été élevé pour avoir cinquante mille francs de rentes. Ceux qui vous ont élevé ainsi auraient dû vous les laisser... Vous n'acceptez pas ma place?...
VALENTIN
Non ! Fichtre non ! C'est tout ce que vous avez pour moi ?
BLUCHE.
C'est tout. Ah! si j'étais un fumiste comme vous le croyez, si l'agence Bluche était une de ces agences louches comme il en pullule à Paris, je vous ferais déposer vingt francs d'abord et je vous ferais revenir pour rien tous les quinze jours. Seulement, je suis un homme sérieux. Voilà pourquoi je vous dis la réalité, la froide réalité : Vous n'êtes bon à rien !
Pourtant, sacrebleu !
BLUCHE.
Je connais votre affaire sur le bout du doigt. Vous êtes un fils de famille qui avez fait des bêtises... (Le regardant mieux.) ou bien un petit provincial qui êtes venu chercher fortune à Paris... En ce moment-ci, vous faites encore le malin, parce que vous êtes bien vêtu et que vous avez quatre sous dans votre poche. (Lui tapant sur le gousset.) Combien y a-t-il, dans ce gousset-là?
VALENTIN
Soixante-cinq francs.