ACTE IV, SCÈNE IV
VALENTIN
Oui, certes, je m'en rends compte.
CLOTILDE
Vous n'en avez pas l'air, je vous assure. C'est même... — il y a longtemps que je voulais vous le dire — c'est même ce qu'il y a d'un peu agaçant en vous... Vous avez l'air de trouver ce qu'on fait pour vous tout naturel. Il ne faut pas oublier que je ne suis plus dans la même situation qu'autrefois, et qu'une légèreté, une indiscrétion de votre part, auraient des conséquences épouvantables... Je suis aujourd'hui la femme d'un homme en vue.
VALENTIN
D'un homme en vue?
CLOTILDE
Vous ne savez donc pas que mon mari a été nommé sénateur?... C'est quelque chose tout de même, c'est quelque chose...
VALENTIN. d'un air '/-■ doute.
Oh!
CLOTILDE
Oui... oui... Nous avons beaucoup plaisanté làdessus, et moi toute la première... Quand mon mari se présentait, je trouvais ça ridicule, puéril... j'étais persuadée, d'ailleurs, qu'il ne serait jamais élu... Mais, dimanche dernier, lorsqu'est arrivée la nouvelle de l'élection, aune très grande majorité, je n'ai pu me défendre d'un certain étonnement,je dirai même, d'un certain respect... Soyons justes : le premier venu ne peut pas être sénateur !
VALENTIN
Vous disiez le contraire.
CLOTILDE, assez sèchement.
C'est possible. J'ai changé d'opinion.
VALENTIN
Jounel aussi.
CLOTILDE
S'il l'a fait, c'est que probablement il avait des raisons. Je vous prie de croire que ce n'est pas un étourneau.
VALENTIN
Permettez. . je ne prétends pas...
CLOTILDE
Vous êtes assez enclin, je le sais, à le prendre pour un simple pantin, ce qui, d'ailleurs, est fort désobligeant pour moi, vous devriez le sentir.
VALENTIN
Voyons, Clotilde !
CLOTILDE
Apprenez qu'Adolphe a prononcé l'autre jour, devant les délégués sénatoriaux, un discours qui m'a positivement emballée, moi qui pourtant ne me soucie guère de la politique.
VALENTIN, vexé.
Il n'en est pas moins vrai que, sans moi, votre mari n'aurait jamais été nommé !
CLOTILDE
Vous osez dire que mon mari vous doit son élection ?
VALENTIN
Parfaitement !
CLOTILDE
C'est trop fort !...
VALENTIN
Voyons... Clotilde !...
// la prend pur la huile.