ACTE I, SCÈNE I
PHILIPPE
Je ne veux pas vous contrarier. Mais ce n'est pas pour entendre des compliments que je suis venu de si bon matin. Devinez qui je me suis permis d'amener? Notre petite amie Juliette...
ROBERT
Tant mieux ! Je la verrai avec plaisir.
PHILIPPE, souriant.
Encore une victime de votre égoïsme!
Eh ! je me dis quelquefois qu'un égoïsme intelligent conduirait l'homme aux plus hautes vertus... Et que me veut-elle, notre petite amie? Le savez-vous?
PHILIPPE
Elle vient vous annoncer une nouvelle, et, comme elle n'osait pas venir toute seule, elle m'a prié de l'accompagner.
ROBERT
Une nouvelle?
PHILIPPE
Elle se marie.
ROBERT
Elle a bien raison. J'espère qu'elle n'a plus rien à craindre de ce gredin qui l'a abandonnée après lui avoir fait un enfant ?
PHILIPPE
Mon garçon de laboratoire ?
ROBERT
Oui.
PHILIPPE
Mais c'est lui, justement, qu'elle épouse.
Ah ! bah !
PHILIPPE
Mon Dieu, oui. Elle s'est réconciliée avec le gredin.
ROBERT
C'est triste! Elle sera très malheureuse. Cet homme-là ne l'épouse que parce qu'elle a maintenant un peu d'argent...
PHILIPPE
L'homme n'est pas parfait et les femmes ne sont jamais aussi malheureuses qu'on le croit.
ROBERT
C'est tout ce que vous inspire cette histoire ?
Philippe.
Elle est si banale !
ROBERT
Elle vous semble banale parce qu'au fond, les aventures de la femme ne vous intéressent pas, et, dans la simple histoire d'une fille comme Juliette, vous ne percevez pas ce qu'il y a d'émouvant. Vous avez beau avoir du talent, de la générosité d'esprit, vous appartenez tout de même à la génération cruelle...
PHILIPPE
Cruelle?... Oh! oh!
ROBERT
Mais si, à la génération qui ne verra bientôt