ACTE I, SCENE IV
tité de choses qui me sont indifférentes, la plupart de celles que je fais, entre autres.
AMELIE.
Tu te calomnies, Robert. Tu es l'être le plus généreux et le plus sensible qu'il y ait au monde.
ROBERT
Les apparences sont contre moi, mais, je le disais à l'instant à Philippe, mon égoïsme est sans bornes.
AMÉLIE
Ton égoïsme ne t'empêche pas de rendre de grands services à tous ceux qui s'adressent à toi.
ROBERT
Mais il m'empêche d'y attacher la moindre importance.
AMÉLIE
Tu ne peux pas voir une créature malheureuse sans être immédiatement attendri.
ROBERT
Ce n'est pas de l'attendrissement, c'est de la méfiance. Ah! la femme qui voudra déranger ma vie, gare à elle !
AMÉLIE
Oh! ce que je redoute, ce n'est pas une coquette, mais une femme qui passera près de toi, qui aura besoin de toi et qui pleurera.
J'essuierai ses larmes en pensant à autre chose. Arrêtons-nous, parce que nous allons nous attrister sur des aventures imaginaires.
AMÉLIE
Oui, c'est fini. Je n'ai plus qu'à te poser ma petite question obligatoire, ainsi que je le fais deux ou trois fois par an, pas plus, tu me rendras cette justice.
ROBERT
Va, va !
AMÉLIE
Tu n'as pas de maîtresse ?
ROBERT
Quelle horreur !
AMÉLIE
Jure-le ?
ROBERT
Je le jure !
AMÉLIE
Donne-moi ta parole d'honneur ?
ROBERT
Je te la donne.
Dis-moi « non », tout simplement.
ROBERT
Non. Et j'ajoute que si jamais j'en avais une. écoute bien ce que je te dis, ce ne serait pas de ma faute...
(Entre Yvonne vivement.)