YVONNE, ADRIENNE
YVONNE
Mon père se moque de moi, mais entre nous, il ne serait plus capable de passer son baccalauréat, voilà la vérité. On était très ignorant dans cette génération-là.
ADRIENNE
Vous êtes incroyable, Yvonne!... Cette génération-là... Vous parlez toujours de votre père comme d'un vieux monsieur. Ah çà ! quel âge croyez-vous qu'il a, votre père?
VVi iNNE.
Papa ?
ADRIENNE
Oui, papa.
YVONNE
Tiens! je ne me suis jamais demandé ça. Mais je vous parie tout ce que vous voudrez qu'il a plus de quarante ans!
ADRIENNE
11 a quarante-quatre ans. Votre mère me l'a dit encore hier soir à table.
YVONNE
Vous voyez.
ADRIENNE
Mais, ma pauvre Yvonne, c'est tout ce qu'il y a de plus jeune, un homme de quarante-quatre ans, surtout avec l'entrain, la bonté, le caractère admirable de votre père.
YVONNE, naïvement.
Il vous plaît beaucoup, papa, avouez-le?
ADRIENNE, interloquée.
Comment, il me plaît ! Mais il ne faut pas employer des expressions pareilles, Yvonne!
YVONNE
Quel mal y a-t-il ? C'est tout naturel.
ADRIENNE
Il n'y a pas de mal, en effet, mais l'expression est impropre. J'ai pour monsieur et madame Vandel une égale gratitude parce qu'ils sont charmants avec moi et qu'ils m'ont donné la plus gentille petite élève que j'aie jamais eue.
YVONNE
Merci, mademoiselle.
ADRIENNE
Et moi, est-ce que je vous plais?
YY< »NNE.
Tout à fait, et je le répète à qui veut l'entendre. Et ce qui me va le plus en vous, c'est que l'on sent que vous n'êtes pas une institutrice ordinaire, une simple savante.