ACTE II, SCÈNE VIII
IIORTENSE.
Eh bien, oui, là, c'est vrai!... Mais ne me regardez pas avec ces yeux-là, vous m'intimidez. Vous me regardez comme s'il m'arrivait un grand malheur... Mais non, c'est un petit malheur, tout petit, ce n'est rien.
ROBERT
Vous riez?... Moi, c'est bien simple, ça me navre ce que vous me racontez là, ça me navre.
IIORTENSE.
Il n'y a pourtant pas de quoi, Robert, je vous assure.
ROBERT
Et quand y ètes-vous allée, au Mont-de-Piété?
IIORTENSE.
A la lin du mois dernier, avec Céleste, qui en a d'ailleurs l'habitude. On nous a prêté beaucoup d'argent. Je ne me savais pas si riche, j'étais très contente, pas triste du tout. Le Mont-de-Piété est une étape nécessaire de la vie un peu aventureuse des bijoux, une épreuve qu'il faut qu'ils subissent et d'où ils sortent plus précieux. Cette pensée m'a empêchée d'éprouver la moindre mélancolie en voyant disparaître ma bague dans une vieille boîte en carton.
ROBERT
Ma pauvre petite Hortense! Et moi qui vous croyais dans la position la plus prospère ! Je ne m'inquiétais plus de vous... On me disait que vous étiez en train de faire fortune... J'aurais du m'en douter, pourtant, en vous voyant vous risquer dans cette aventure... Il est vrai que vous étiez si gaie, si confiante! Vous m'aviez laissé une
telle impression de santé, de bonne humeur, que je m'imaginais que la vie, au contraire, vous réservait ses plus belles surprises.
HORTENSE, hochant la tête.
Il a fallu déchanter.
ROBERT, l'a prenant paternellement.
Mais je suis là, heureusement, je suis là...
HORTENSE, troublée.
Laissez-moi, Robert... Je vous en prie, laissezmoi.
ROBERT
Qu'est-ce que vous avez?
HORTENSE
Oh! rien... Je suis un peu... un peu nerveuse tout à coup... Depuis ce matin, je ne me sentais pas dans un de mes bons jours... Je me trouvais seule, isolée. Il me semblait que, brusquement, une espèce d'obscurité était tombée sur mon existence... et j'avais un peu peur... Mais ça commence à passer, vous voyez...
(Elle sourit.)
ROBERT
Il faut vous dire surtout que vous n'êtes pas seule, et qu'il y a, pas loin de vous, quelqu'un qui a une profonde amitié pour vous...
HORTENSE, émue.
Oui, Robert... oui, merci...
ROBERT
Et, maintenant, embrassez-moi et n'en parlons
plus... (Horlense s'avance, puis hésite.) VOUS ne Voulez
pas m'embrasser?
HORTENSE, le regardant.
Non.