‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 214 sur 269 · ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII

ROBERT, souriant.

Et pourquoi ?

IIORTEXSE.

Pourquoi ?...

ROBERT

Oui?...

IIORTEXSE.

Je ne sais pas... Et puis, si, je veux... je veux...

(Elle s'approche de lui, l'embrasse sur le front, puis brusquement lui prend la tête à deux mains et l'embrasse à pleines lèvres.)

ROBERT, stupéfait.

Oh!

IIORTEXSE, sortant de ses bras et balbutiant.

Oui... oui... voilà... tant pis !

ROBERT, se rapprochant d'elle.

Ma petite Hortense!... ma petite Hortense ! Je ne savais pas, moi, je ne savais pas... Comment pouvais-je deviner?

HORTENSE

Que je vous aimais?... Oh! naturellement, vous ne l'avez pas deviné... Vous ne pensez jamais à ça, vous !

ROBERT

Vous m'aimez! Vous m'aimez!... C'est inouï!... inouï et charmant ! Je me rends compte que je dois avoir l'air stupide!... Voyons, asseyez-vous là, près de moi... tâchons de voir un peu clair en nous...

(Il lui prend la main et la fait asseoir.) IIORTEXSE.

Oh ! moi, il y a longtemps que je vois clair... C'est pour cela que je n'allais plus chez vous, que je vous fuyais. Je sentais bien que je ne vous inspirais que cette espèce de sympathie, de pitié tendre que vous éprouvez pour tous les êtres qui

ont besoin de vous Tandis que moi, je vous

avais aimé tout de suite. Je m'étais juré de ne jamais vous le dire. Il a fallu l'émotion de cette journée, votre arrivée subite, mon désarroi, la douceur avec laquelle vous m'avez parlé, ce baiser... enfin...

ROBERT

Ma chère petite Hortense, vous ne vous imaginez pas combien je suis troublé. Je suis aussi ému que vous... Non, non, l'affection que j'ai pour vous n'est pas banale, ne croyez pas cela. Elle est très profonde, au contraire, très différente de celle que j'ai ressentie pour d'autres femmes qui ont passé près de moi, dont l'existence a touché la mienne...

HORTENSE

Mais vous ne m'aimez pas et vous ne m'aimerez jamais... Oh ! j'ai compris, allez!... Oubliez ce que j'ai eu la folie de vous dire... Je ne chercherai plus à vous revoir, vous pouvez être tranquille.

ROBERT

Eh ! il s'agit bien de ma tranquillité! Est-ce que vous supposez que je vais être tranquille, maintenant, après cet aveu?... Car votre brusque contact m'a remué, moi aussi !

HORTENSE

Robert !

ROBERT

Je ne sais pas si je vous aime, si je vous aimerai jamais !... Mais je serais un pauvre être si, en vous sentant entre mes bras, je ne vous avais pas tout d'un coup ardemment désirée !

Robert, Robert ! Si vous ne pensez pas ce que vous dites, ne continuez pas, laissez-moi...

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