ACTE II, SCÈNE XIII
HELENE
Ah!
LAURE
Vous avez trop de finesse, ma chère amie, pour ne pas sentir que depuis deux ou trois jours vous vous êtes un tout petit peu... oh ! un tout petit peu seulement... compromise.
HÉLÈNE
Moi?
LAURE
A votre insu sans doute... et le plus innocemment du monde, cela est certain. Mais nous sommes à Trouville, ma chère, c'est-à-dire en un lieu où se fabriquent, pendant les quinze jours de la saison, plus de potins que dans tout le reste de la France...
HÉLÈNE
Et il s'est déjà fabriqué des potins sur moi?
LAURE
Oui, mon Dieu, déjà!
HÉLÈNE
Ça n'a pas été long.
LAURE
Ça n'est jamais long! Dame! vous savez, ma chère, monsieur de Clénord est un homme très en vue et qui met tout de suite en vue, et de la façon la plus fâcheuse, la femme dont il s'occupe...
HÉLÈNE, troublée.
Monsieur de Clénord?
LAURE
Allons, soyons juste! Il s'est occupé de vous depuis trois ou quatre jours. Plusieurs personnes l'ont remarqué, et entre autres madame de Bernac.
98 NOTHE .1ETNESSE
Il faut donc sortir de cette situation avec franchise et netteté... à moins...
HÉLÈNE
A moins?...
A moins, ma chère, que par un prodige déplorable, vous ne soyez déjà amoureuse folle, auquel cas il ne me resterait plus qu'à me retirer en bon ordre et à vous faire toutes mes excuses de m'ètre mêlée une fois de plus, comme dirait mon frère, de ce qui ne me regardait pas. . . Sut un silence d'Hélène. Vous en seriez là?
hélèm:.
Je n'en sais rien... Je n'en sais rien... Je suis dans le trouble et dans l'angoisse... Et pourtant, non, non, je n'en suis pas là encore... -Mois demain !... Ah ! ma chère, ma chère amie, je vous jure que c'est une heure douloureuse pour moi ! Je sens que je perds peu à peu la possession de moi-même... Toutes les raisons que je me donnais jusqu'à présent de me résigner à la vie que je mène, tout est en désordre et en fuite !... Si je ne reçois pas quelque secours, quelque cordial puissant, à quoi suis-je exposée demain?... Partir? Mais la pensée de me retrouver là-bas toute seule, dans la plus morne, la plus monotone, la plus inutile existence, me glace et m'épouvante ! Et si je reste, qui sait si ce n'est pas la chute forcée, prochaine, inévitable, et la chute sans amour, sans passion , sans beauté ! . . . Et j aurais des excuses, allez! de fortes excuses! In mari sans joie ©t sans énergie, qui n'a jamais le courage de rire et d'être un homme!... qui n'a pas su me donner — et c'était si facile— l'illusion que je l'aimais!... Je ne suis même pas la maîtresse dans ma propre maison. C'est l'asservissement à un homme âgé