ACTE II, SCÈXE XV
maladroites... (Prèle h pleurer., à moins que ce ne soit la situation particulière où je me trouve qui ne vous offre peut-être pas toutes les garanties suffisantes... C'est cela? Oh! mon Dieu!...
HÉLÈNE
Mais non... mais non... au contraire... s'appro-
ehant d'elle et très doucement.) Je ne SUIS pas madame
Salandra, Lucienne... Je suis madame Briant, Lucien Briant, et la femme de votre père...
LUCIENNE, se reculant brusquement.
Oh!
HÉLÈNE
Eh bien! voilà que vous vous éloignez de moi?... Voilà que vous me regardez avec de grands yeux de colère?...
LUCIENNE, très froidement.
Je m'en vais, madame. Je ne sais pas pourquoi madame de Boine et vous, m'avez tendu ce piège. Mais je vous prie d'oublier tout ce que je vous ai dit. Soyez tranquille, vous n'entendrez plus parler de moi.
HÉLÈNE
Ce n'est pas un piège que l'on vous a tendu, Lucienne!... C'est moi qui ai tenu à vous voir...
LUCIENNE
Vous ne pouvez que me détester.
HÉLÈNE
Vous détester, vous!... Ah! la petite folle... Mais c'est vous qui me détesteriez bientôt, si je
n'y mettais pas bon Ordre... (Se rapprochant d'elle.)
Allez, Lucienne, je ne suis jalouse ni du souvenir de votre mère, ni de vous, et si votre mère vivait encore, j'irais lui tendre la main, car elle a dû souffrir plus que moi. Ah! ma pauvre enfant, vous êtes bien jeune, vous ne connaissez pas encore la
vie, le cœur des autres, ni votre propre cœur. Vous détester, moi!... Il n'est pas nécessaire, pour s'aimer, d'avoir le même sang dans les veines, d'être de la même famille, et l'on voit des frères et des sœurs se haïr. Mais la nature crée parfois entre des êtres une famille mystérieuse dont les liens sont aussi puissants. Non, non, votre instinct ne vous trompait pas tout à l'heure. C'est bien à moi que vous deviez venir, petite aveugle. N'ayez pas peur, il ne vous sera fait aucun mal...
LUCIEXXE, sanglotant dans ses bras.
Oh! madame... madame...
(La porte de drnile s'ouvre: ji&niit Lucien. En apercevant Lucienne, il fait un soubresaut.)
HELENE, se retourne et aperçoit son mari. TrstnQûilteîiiënt. Ail! (A Lucienne qui est très émue:) Maintenant
Lucienne... laissez-moi un instant... Il faut que je parle à « votre père ».
(Elle reconduit Lucienne à la porte de gauche pendant que Lucien a un haut-te-corps de désespoir.)