‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 60 sur 269 · ACTE II, SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XVI

HÉLÈNE

Bah ! ne cherchons pas, en effet. Ce n'est pas la peine... Je la connais, c'est l'important. D'ailleurs, il n'y a plus que toi, aujourd'hui, qui ne la connaisse pas.

LUCIEN, allant ù sa femme et la serrant dans ses liras.

Ma pauvre chérie, ma pauvre chérie, je ne sais plus que te dire, moi, je ne sais plus... Il ne faut pas m'en vouloir... Il faut me pardonner... Je ne t'avais jamais parlé de cette histoire, moi! J'étais arrivé à ne plus y penser. Est-ce que je pouvais prévoir? Et puis, hier, quand j'ai tout appris, brusquement... j'ai eu une telle secousse! Je t'aime ma chérie, je n'ai jamais aimé que toi ! Ah ! quel désastre !

HÉLÈNE

Mais où vois-tu un désastre là dedans? T'en vouloir, moi? Et pourquoi? Parce que tu as une lille? Tu es bien heureux, et je voudrais pouvoir en dire autant. Mais nous allons essayer d'arranger tout ça !.. .

LUCIEN

C'est déjà arrangé à peu près... Ne t'en inquiète plus... Je viens de m'entendre avec Chartier à qui je laisserai une certaine somme d'argent .. que cette petite finira bien par accepter à un moment donné... Ah! que je suis coupable de ne pas t'avoir raconté ça plutôt... Laisse-moi t'expliquer, Hélène?...

HÉLÈNE

Ne m'explique rien, mon ami, c'est inutile... Je sais tout : qui était la mère, où cette enfant a été élevée... et j'ai appris en même temps que tu as été jeune, ce dont je ne me doutais pas et ce qui me fait espérer que tu pourras le redevenir... Ecoute-moi, maintenant, car tout à

l'heure, tu ne m'as pas comprise. Tu t'es imaginé que j'allais te faire des reproches!... Ah! mon ami, s'il y a une chose que je ne songe pas à te reprocher, c'est bien celle-là!

LUCIEN

Je t'adore, Hélène... Alors tu oublieras?... tu me promets d'oublier?

HÉLÈNE

Le mal que l'on a fait, Lucien, il ne faut pas l'oublier, il faut le réparer. Ce n'est pas moi qui t'en empêcherai, au contraire, sois-en sûr. Et je ne t'en empêcherai pas plus aujourd'hui, que je ne t'en aurais empêché autrefois, si tu m'avais mise au courant.

LUCIEN

Que veux-tu dire Hélène?... Je n'y suis pas, moi !...

HÉLÈNE

Je veux dire que nous ne pouvons plus maintenant, dans l'état actuel, laisser cette jeune fille s'en aller à l'aventure, loin de nous... surtout une jeune fille pareille, de la nature la plus droite et la plus fine!...

LUCIEN, étonné.

Hélène ! Hélène !

HÉLÈNE

Réfléchis, Lucien, réfléchis!... Le hasard, les circonstances qui, après tant d'années, t'ont mis tout d'un coup en présence de cette enfant, t'indiquent bien clairement ton devoir, et à moi aussi!... Oui... oui... pourquoi ne la garderionsnous pas près de nous, avec nous?

LUCIEN

Oh ! Hélène... Qu'est-ce que tu me demandes?... Tu as un cœur charmant et profond, ma chérie...

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