ACTE i, SCÈNE III
LUCIEN
Eh bien ! mais... c'est un chiffre!... Deux millions !
CHARTIER
Sais-tu combien il me reste de ces soixante mille francs de rente?
LUCIEN
Non...
CHARTIER
Il m'en reste quinze mille environ... le quart.
LUCIEN
Ah bah !... mais j'ignorais... mon pauvre ami...
CHARTIER
Ne me plains pas... Je suis consolé... Tout de même, tu vois qu'il m'est arrivé quelque chose dans la vie...
Mais quoi donc? Comment cela s'est-il fait? Tu as spéculé?...
CHARTIER
Pour qui me prends-tu?... Non, ce n'est pas cela... As-tu entendu parler, à Besançon, d'une nommée Pervenche?
LUCIEN
Pervenche? Non... Qui est-ce?
CHARTIER
C'est une personne que j'ai aimée.
LUCIEN
Beaucoup ?
CHARTIER
Un million et demi environ.
NOTKE JEUNESSE
LUCIEN
Sacrebleu ! tu as bien fait de t'arrêter...
CIIARTIER.
Ce n'est pas moi qui me suis arrêté, c'est elle... Moi, je ne demandais qu'à continuer...
LUCIEN
Elle n'a pas voulu?
Non. Elle m'a dit un soir — en nous levant : — « Mon chéri, j'ai pris mes renseignements. Tu m'as donné les trois quarts de ta fortune, c'est tout ce qu'une femme peut demander à un galant homme, ça suffit. J'en ai assez. J'ai trouvé quelqu'un qui m'aime et je me marie avec lui! C'était mon rêve... »
LL'CIEX.
Alors, de tout ra, il ne te reste aucune amertume ?
CIIARTIER.
Non ! un peu de fatigue seulement. Pendant que ces événements s'accomplissaient de mon côté, il arrivait à ma sœur une aventure qui, dans son genre, n'est pas sensiblement différente de la mienne. Tu sais qu'elle avait épousé un monsieur de Roine, moitié boursier, moitié gentleman. Comme gentleman, il était irréprochable, mais comme boursier, c'était un sot. Il s'est ruiné d'abord personnellement. Ensuite, il s'est attaqué à la dot de sa femme ; et au moment où, par une étrange coïncidence, il en avait perdu presque les trois quarts...
LUCIEN
Comme toi.