‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 87 sur 269 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

ANSELME

Et ce Jounel, dont tu fais un éloge pompeux. C'est le nôtre ?

Le propriétaire du château de Vieuxbois, parfaitement. Ancien banquier, hôtel à Paris, grosse fortune.

ANSELME

Tu as donc des raisons particulières de lui être agréable, à Jounel?

VALENTIN

Du tout. Je le connais à peine de vue. C'est le concurrent de Malescot, ça me suffit.

ANSELME

Si tu continues, tu t'attireras une mauvaise histoire.

VALENTIN

Allons donc! Et laquelle?

ANSELME

Le sous-préfet te révoquera.

VALENTIN

Je l'en défie !

ANSELME

Qui l'en empêchera ?

VALENTIN

Moi!

ANSELME

Toi? Et comment?

Aux premiers mots qu'il prononcerait, je lui donnerais ma démission.

ANSELME

Ta démission de bibliothécaire de Savigny?

VALENTIN

Mon Dieu! oui.

ANSELME

Mais, malheureux, qu'est-ce que tu ferais, alors? Du journalisme?

VALENTIN

Peut-être...

ANSELME

De la politique?

VALENTIN

C'est possible. J'ai mille idées qui bouillonnent dans ma tête. Ecoute-moi, Anselme. Tu es mon ami, mon camarade de collège, nous avons été élevés ensemble. Je peux causer avec toi. Eh bien ! tu n'es pas frappé de ce fait, que la génération qui nous précède est usée, claquée, finie? Qu'elle a produit tout ce qu'elle pouvait produire? et qu'elle n'est plus bonne qu'à empêcher d'arriver notre génération, à nous, c'est-à-dire des gens décidés, énergiques, d'aplomb!

Toutes les générations disent ca les unes des autres; seulement...

VALENTIN, l'interrompant.

Enfin! regarde autour de nous! Par qui sont occupées toutes les places? Par des imbéciles! Qui est ce sous-préfet, dont un hasard burlesque a fait mon supérieur hiérarchique? Un pauvre être qui végète depuis quinze ans dans l'administration, et qui ne se maintient qu'à force de platitudes devant le préfet? Et le préfet lui-même ! Je me demande ce qu'il ferait dans la vie, si sa sœur n'avait pas épousé le secrétaire du ministre? Notre député était un homme que personne, dans

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