ACTE I, SCÈNE II
ANSELME
Et ce Jounel, dont tu fais un éloge pompeux. C'est le nôtre ?
Le propriétaire du château de Vieuxbois, parfaitement. Ancien banquier, hôtel à Paris, grosse fortune.
ANSELME
Tu as donc des raisons particulières de lui être agréable, à Jounel?
VALENTIN
Du tout. Je le connais à peine de vue. C'est le concurrent de Malescot, ça me suffit.
ANSELME
Si tu continues, tu t'attireras une mauvaise histoire.
VALENTIN
Allons donc! Et laquelle?
ANSELME
Le sous-préfet te révoquera.
VALENTIN
Je l'en défie !
ANSELME
Qui l'en empêchera ?
VALENTIN
Moi!
ANSELME
Toi? Et comment?
Aux premiers mots qu'il prononcerait, je lui donnerais ma démission.
ANSELME
Ta démission de bibliothécaire de Savigny?
VALENTIN
Mon Dieu! oui.
ANSELME
Mais, malheureux, qu'est-ce que tu ferais, alors? Du journalisme?
VALENTIN
Peut-être...
ANSELME
De la politique?
VALENTIN
C'est possible. J'ai mille idées qui bouillonnent dans ma tête. Ecoute-moi, Anselme. Tu es mon ami, mon camarade de collège, nous avons été élevés ensemble. Je peux causer avec toi. Eh bien ! tu n'es pas frappé de ce fait, que la génération qui nous précède est usée, claquée, finie? Qu'elle a produit tout ce qu'elle pouvait produire? et qu'elle n'est plus bonne qu'à empêcher d'arriver notre génération, à nous, c'est-à-dire des gens décidés, énergiques, d'aplomb!
Toutes les générations disent ca les unes des autres; seulement...
VALENTIN, l'interrompant.
Enfin! regarde autour de nous! Par qui sont occupées toutes les places? Par des imbéciles! Qui est ce sous-préfet, dont un hasard burlesque a fait mon supérieur hiérarchique? Un pauvre être qui végète depuis quinze ans dans l'administration, et qui ne se maintient qu'à force de platitudes devant le préfet? Et le préfet lui-même ! Je me demande ce qu'il ferait dans la vie, si sa sœur n'avait pas épousé le secrétaire du ministre? Notre député était un homme que personne, dans