SCENE IX
BRIGNOL, Le Commandant.
BRIGNOL.
Commandant, je suis à vous. Rien de grave, j'espère?
LE COMMANDANT, hésitant.
Rien.
BRIGNOL.
La fin de saison ne s'annonce pas mal. Si cela continue, vous aurez une bonne somme à toucher.
Merci, Brignol, merci. Je n'oublierai pas ce que vous avez fait pour moi.
BRIGNOL.
C'est fort naturel. Un autre, à ma place, vous eût donné peut-être plus d'argent pour débuter ; il aurait fini par aventurer vos trente mille francs dans quelque spéculation hasardeuse et vous ne les auriez pas revus. Je préfère, moi, vous donner un peu moins et ne rien risquer. Désignant soncoffre-fort. Votre petit capital est là, en bons titres, et si l'occasion s'en présente, une occasion favorable, quelque chose de sûr, je vous garantis que nous ne la laisserons pas échapper.
LE COMMANDANT, s'avaneaatt nevs Se e&ffre-fort.
Mes titres sont là ?
BRIGNOL.
La prudence en affaires a toujours été mon système.
LE COMMANDANT se promène, hésite et revient devant Brignol,
piteusement.
Brignol, vous voyez devant vous l'homme le plus béte de Paris.
BRIGNl IL.
Qu'est-ce qu'il y a?
LK C< IMMANDANT.
Décidément, mon ami, je suis inguérissable.
BMG\< »L.
De quoi ? Vous êtes malade ?
LE COMMANDANT
Je suis inguérissable du jeu.
BRIGNOL, brusquement.
Vous avez l'intention de rejouer? Mais, malheureux...
LK COMMANDANT
Ne me faites pas de reproches, Brignol, ne m'en faites pas, je vous en supplie. Je sais bien que je perdrai et que je mourrai sur la paille. Vous aurez fait tout ce qui était humainement possible pour m 'éviter ce malheur, je vous en serai reconnaissant toute ma vie.
BRIGNOL.
Mon pauvre commandant, c'est de l'aberration. Vous qui venez de rester un an et demi sans toucher une carte ?
LE COMMANDANT
Je n'ai pas joué une seule fois au baccara, c'est