‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 17 sur 261 · ACTE I, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IX

vrai. Je ne jouais que des jeux d'enfants, le Désigne, par exemple. Eh bien! mon ami, je trouvais encore le moyen de perdre de véritables sommes. J'ai établi le compte de ce que m'a coûté le bésigue chinois, le mois dernier: quatre cents francs. Avant-hier, j'ai perdu plus de cent francs à la manille, avec des méridionaux... C'est une déveine insensée ! Des jeux auxquels tout le monde gagne ! Alors, je me suis dit : « Autant me remettre au baccara. J'ai une chance au moins de me rattraper de temps en temps. » Je vous ai rapporté votre reçu. Rendez-moi mes titres, mon pauvre ami, et ne vous occupez plus de moi: je ne le mérite pas.

BRIGXOL.

Vous voulez donc rejouer immédiatement?

LE COMMANDANT

Ce soir même, après dîner. Les rares fois que j'ai gagné, ça a été après dîner.

BRIGNOL.

Vous allez perdre sur vos titres en les vendant précipitamment.

LE COMMANDANT

Cela m'est égal.

BRIGNOL. montrant le calendrier.

Recommencer à jouer un vendredi, après une aussi longue interruption !...

LE COMMANDANT

Je ne suis pas superstitieux. Et j'ai la conviction que le vendredi porte bonheur, au contraire.

BRIGNOL. tirant sa montre.

Vendre des titres à cette heure-ci, c'est inouï !

34 BRIGNOL ET >A FILLE

LE COMMANDANT

Le plus lot sera le mieux... Si je suis pressé. Brignol, c'est que je suis fermement résolu à ne plus manœuvrer à tort et à travers, comme auparavant. J'ai étudié un système et je ne m'en écarterai pas d'une ligne... Brignol hausse les épaules.

Connaissez-vous le système de d'Alembert?

BRIGNl (L, apec assurance.

C'est un des plus mauvais qu'il y ait. Vous n'aurez plus un centime dans trois semaines.

LK COMMANDANT, d'un ton pénétré.

C'est possible.

BRIGN< "L.

C'est certain.

LL COMMANDANT

Ne me donnez pas de remords, mon ami. Je ne puis plus m'arrèter maintenant, il est trop tard. Je deviendrais malade, si j'étais seulement oblige de retarder d'un jour. Prenez votre reçu et dites-vous que vous n'aurez pas eu affaire à un ingrat.

Il s'avance machinalement vers le coffre-fort ainsi que Brignol.

IilSK.Xi IL".

Combien d'argent vous faut-il pour commencer?

LE COMMANDANT

Ecoutez, Brignol, si je risque ce qui me reste sou à sou, je n'ai aucune chance de me détendre. Je vais mettre tout mon argent dans un tiroir, et à la grâce de Dieu !

BRIGNOL. & essuyant If front.

\ OUS voulez tout? Le commandant fuit signe que nui.

C'est bien, commandant, j'ai fait mon devoir. //

r;i s'asseoira son bureau et écrit. Vous aurez cela demain

ou après-demain, le temps matériel de négocier.

si UNE 1 X

LE C< IMMANDANT

Je négocierai moi-même. De la rente ou des chemins de fer, c'est comme de l'argent comptant. L'important pour moi est de n'avoir pas Le temps de réfléchir et, puisque je fais une sottise, delà faire instantanément. J'aurais été navré, si vous n'aviez pas eu mes titres sous la main. Et, tenez ! j'ai de l'espoir. Je crois que cette fois-ci, je gagnerai.

BRIGNOL, un peu pâle.

A demain donc, c'est convenu.

LE COMMANDANT

Pourquoi demain, mon pauvre Brignol? Réglons cela tout de suite.

BRIGNOL.

Diable ! que vous êtes pressé ! il y a des formalités de caisse indispensables.

LE COMMANDANT

Lesquelles? Du moment que mon argent est là...

BRIGNOL.

Il est là... C'est-à-dire qu'il y a l'équivalent. (Balbutiant. Il faut moi-même que je transforme...

LE Ci IMMANDANT.

Que vous transformiez quoi ? Vous avez mes titres là. Je vous donne votre reçu, vous me rendez mes titres et je me résigne à la perte qui en résultera... c'est très simple.

BRIGNOL.

Vous n'entendez rien aux choses de la finance, commandant : vous êtes bien heureux ! Ce ne sont pas vos titres positivement que j'ai encaisse, je vous le répète, c'est l'équivalent. Il est maté-

riellement impossible que vous les ayez avant quelques heures.

LK COMMANDANT, ennuyé.

Mon argent n'est pas dans le coffre-fort? Je le croyais... vous venez de me le dire.

BRIGNOL.

C'est un terme de finance.

LE COMMANDANT

Il faut que j'attende jusqu'à demain... à midi, à peu près?

BRIGNOL.

A quatre heures.

LE COMMANDANT

Quatre heures... Vous ne vous imaginez pas combien ce contre-temps dérange mes projets. Enfin, je puis compter que demain à quatre heures...

LE COMMANDANT

Il n'y aura pas de retard? Vous ne prévoyez pas de retard?... Je vais m'arranger en conséquence.

BRIGNOL, prenant le commandant par le bras, après une hésitation.

Ah ! commandant !... Vous ne savez pas ce que vous feriez, si vous étiez bien gentil? Vous ne recommenceriez à jouer que dans quelques jours.

LE COMMANDANT

Oh ! cela ! jamais ! Brignol, jamais !... N'insistez pas, vous redoublez mes remords.

BRIGNOL

)us me rendriez dant

Vous me rendriez un grand service, comman-

LE COMMANDANT

Pourquoi ?

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